.
Si un groupe n'a pas eu la carrière qu'il méritait, Annihilator serait certainement dans le peloton de tête. En effet, la bande à
Jeff Waters, guitariste fougueux et au caractère rappelant celui d'un rouquin célèbre (pas
Nanoroux, non, mais
Dave Mustaine) a longtemps végété dans la deuxième division du metal après un premier album absolument fabuleux.
En 1984, Waters cherche à monter un groupe et sortira même un premier album autoproduit en 1986,
Phantasmagoria, depuis complètement introuvable. Il se fait enfin remarquer par la maison de disque
Roadrunner et Annihilator enregistre un premier véritable album en 1989,
Alice In Hell. On pourrait penser que pour être parti au bas mot quatre ans après tout le monde le groupe passera complètement inaperçu dans le paysage thrash alors bien chargé, mais en fait, pour son premier essai officiel, le groupe accouche d'un pur chef d'oeuvre, dans la lignée d'un des premiers
Metallica ou
Megadeth.
En 1990, le groupe sort
Never Neverland avec
Dave Scott Davis à la seconde guitare et
Coburn Pharr au chant. Ce dernier a peut-être une voix qui passe mieux que celle de
Randy Rampage, le disque est certes dans la continuité d'un Alice, en plus posé, rien n'y fait, Pharr sera à son tour limogé après la tournée qui s'ensuivra, en ouverture de
Judas Priest. Un nouvel inconnu remplacera Pharr,
Aaron Randall, un jeune homme à la voix plus aiguë. Annihilator voit son style changer et en pleine vague grunge, les Canadiens proposent un disque qui sonne comme du heavy/speed mélodique.
Set The World On Fire a beau être mélodique et super péchu, le disque fera un bide et Randall quitte à son tour le groupe.
Avec un manque évident de crédibilité, le groupe est sur une voie de garage. La descente aux Enfers a commencé et Jeff Waters en arrive à penser qu'on est jamais mieux servi par soi-même et prend place derrière le micro. Soyons franc : si le bonhomme est un excellent guitariste, son chant, sans être catastrophique, est loin d'être fabuleux. Pourtant, Annihilator connait un (maigre) regain d'intérêt avec
Kinf Of The Kill en 1994, puis
Refresh The Demon en 1996. Même si le grunge disparait lentement, c'est le néo metal qui connait un intérêt soudain avec l'avènement de groupes comme
Korn et Annihilator n'est pas à la fête aux USA. Le continent Européen lui permet à peine de panser les blessure. De plus, Waters continu à avoir des problèmes avec son personnel et se retrouve tout seul pour l'enregistrement de
Remains en 1997. Ce dernier album est vraiment étonnant, mariant thrash et sonorités plus indus. Un bide, mais quel dommage ! Le thrash a parfois des fans bien trop conservateurs...
En 1998, Waters décide de frapper un grand coup. Pour cela, il parvient à réunir en grande partie le line-up du mythique premier album (excepté le guitariste
Anthony Greenham remplacé par le revenant Dave Scott Davis et le bassiste
Wayne Darley qui laisse sa place à
Russell Bergquist. L'album
Criteria For A Black Widow se veut la suite d'Alice in Hell, avec un retour au thrash rapide et racé du premier album. Le génie en moins. Néanmoins, l'album est correct et les ventes reprennent pour Annihilator ! Ah nostalgie, quand tu nous tiens...
Rampage ne reste pas longtemps dans le groupe et se trouve vite remplacé par l'ex-
Overkill Joe Comeau. Avec ce chanteur, Annihilator sortira deux albums :
Carnival Diablos en 2001 et
Waking the Fury l'année suivante. Ces deux albums sont plutôt sympathiques et dévoilent Comeau comme un chanteur intéressant, capable de caresser plusieurs tessitures de voix au sein d'un même album. Les influences old school ressortiront alors, on notera des parties proches d'
Iron Maiden ou de
Judas Priest (un des groupes favori de Waters).
Mais voilà, Jeff Waters ne sait pas conserver un chanteur, aussi bon soit-il. Mais aurait-il trouvé la perle rare en la personne de
Dave Padden ? En effet, ce dernier est crédité sur trois albums, les honorables
All For You (2004),
Schizo Deluxe (2005) et
Metal (2007). Malgré leurs qualités, ces albums ne font pas oublier que Annihilator fut. Et qu'à moins d'un miracle, il ne sera plus. Reste un groupe sympa, qui sait envoyer la sauce.