Le pari était osé et difficile, mais ils y sont parvenus. Ressusciter l'Empire Romain en musique semblait plus tenir de l'inimaginable que du probable, et pourtant! Fort de ses 20 ans d'existence,
Primordial a tenté ce pari fou de raconter l'histoire de l'Empire Romain à travers la musique. C'est donc dans une atmosphère de pagan metal saupoudré de black que le groupe irlandais remonte le temps pour nous ramener dans l'Antiquité.
Le voyage commence avec "Empire Falls", chanson surpuissante sur la chute de l'Empire romain au Vème siècle et dans laquelle le son de Pimordial prend tout son sens, de même que les paroles chantées par Nemtheanga telle une incantation ou une plainte lente et douloureuse. Je n'avais pas entendu telle interprétation depuis Vincent Cavanagh (
Anathema). La rage semble posséder l'individu qui, à l'image d'un empereur semble impuissant face à la chute de son empire (Where is the fighting man?). Les guitares s'affrontent pour au final ne faire qu'un dans ce marasme profond.
Cette déflagration passée, le calme semble prendre les devants à l'introduction de la sublime "Gallows Hymn": une basse entame une mélodie bouleversante, bientôt accompagnée par les deux guitares puis par la batterie, mais un déferlement de fougue et de haine refait surface et nous voici plongés en plein combat, tel un légionnaire à la conquête d'un territoire ennemi. Les paroles fédératrices et l'interprétation de Nemtheanga accentuent un peu plus cette soif de violence et de victoire. Puis on revient sous le règne de Néron avec l'incendie de Rome en 64 dans "As Rome Burns". Etape importante qui commence par un jeu de batterie très tribal bientôt rejoint par la basse et les guitares. La lourdeur et le chaos sont ici de mise avec un passage central atmosphérique exceptionnel dans lequel Nemtheanga susurre cette phrase lourde de sens: sing to the slave that Rome burns. Ce passage est sans nul doute un des moments fort de cet album. "Failures burden" poursuit la reconstitution du vaste empire: ici on pointe surtout les batailles orchestrées par les romains au travers de cette longue fresque épique et black: Nemtheanga oscille entre chant clair et chant black tandis que les guitares se montrent beaucoup plus perçante, tout comme la batterie avec sa double pédale.
Après cette image de champ de bataille,
Primordial se calme et nous propose une chanson folk de grande qualité: "Heathen Tribe" et sa guitare acoustique nous rappelle la grandeur de l'Empire à son heure de gloire. C'est donc un voyage initiatique que nous propose là le combo irlandais.
Puis vient le temps de constater le déclin de l'Empire avec "The Rising Tide", petit interlude atmosphérique où le désordre et l'étouffement dominent.
Primordial enchaîne avec "Traitors Gate", chanson ultra-black avec blast et chant black. L'imagerie souhaitée ici par le combo est la présentation des combats entre Rome et les pays à conquérir. Une véritable fureur semble s'emparer de ce morceau qui sera sans nul doute un classique en live.
La destinée de cette longue histoire s'achève sur "No Nation on this
Earth", titre explicite qui met en avant la grandeur de l'Empire. Une lueur d'espoir semble poindre au bout de ce morceau.
Après plus de 50 minutes, le voyage se termine: on se dit alors que
Primordial a réussi son pari: nous faire découvrir la puissance de l'Empire Romain. On ne peut qu'applaudir l'investissement et le talent des musiciens dans la conception de ce bijou, et notamment ceux du chanteur-parolier du groupe, Nemtheanga, qui illumine ce skeud de ses paroles poétiques, épiques et équivoques. Un travail extraordinaire de la part des irlandais qui ne font qu'asseoir un peu plus leur légitimité dans le monde du metal après
Storm before calm ou encore
The Gathering Wilderness.
Primordial est un groupe unique au talent inaltérable, la preuve en est avec ce
To The Nameless Dead massif et indispensable!