Minushuman, basé à Bergerac est un groupe né de la volonté créatrice des membres de
Dark Poetry qui officiait plutôt dans le power thrash efficace!
Force est de constater que
Minushumanambitionne plus largement dans le domaine musical , puisqu'une foule d'influences transpirent de cette météorite fumante et noire qu'est
Watch the world die!
Imaginez que vous vous êtes endormis un soir paisiblement et que vous êtes éveillé avant le lever du jour par une sombre angoisse diffuse! Vous émergez dans un monde agonisant où tous vos repères ont changé: un monde noir et oppressant dans lequel vous déambulez, assommé par un son lourd martelé par une rythmique efficace des guitares exécutives mais néanmoins douées de mélodicité. It feels so cold within the liquid! vous voilà mis dans l'ambiance dès l'entrée! cet univers est froid! Un froid qui s'insinue déjà en vous tel un "
liquid"! Vous continuez votre progression à travers les vestiges d'un monde qui hurle sa fin, porté par un titre doté d'un beau break "
The sixth mass extinction" qui laisse peu de place à l'espoir, tant la destruction et la désolation semblent inéluctables! Une voix death, mais pour une fois compréhensible, nous conte l'extinction de tout ce qui pouvait être humain.
D'ailleurs, les effets secondaires commencent déjà à se faire sentir tandis que vous progressez dans le chaos brumeux introduit magnifiquement par Empire. Ce titre, à lui seul, recèle les sombres pépites de Minushuman, des éclats de dark fusionnant avec le plus beau death! Quelle intro , mes oreilles!!!
Vous êtes dans un film fantastique post-apocalyptique; d'abord planante et majestueuse, avec des violons et autres instruments à cordes, elle débouche sur une rythmique plombée qui rend chaque pas héroïque: un pamphlet contre l'asservissement, l'aveuglement que nous avons érigé et qui nous mène à la désespérance! Point de concession sur ce titre qui n'est pas sans effleurer les plus beaux morceaux de bravoure d'un
Dark Tranquillity! mais juste effleurer! Car Minushuman a un son ...unique, travaillé dans un mélange de lourdeur et d'aérien! Le travail des instruments atteint son summum : la batterie est magistrale, les guitares assènent des riffs redoutables et la maitrise vocale est assez bluffante, tandis que les claviers introduits sur Empire donnent une envergure indiscutable à la composition.
La mélancolie vous gagne totalement quand l'apocalypse semble inéluctable, annoncée par la lancinante litanie du très doom "
All keeps falling down". Par quelle magie (noire) Minushuman arrive-t-il, tout en gardant une cohérence tant dans la musique que dans le propos, à nous proposer tant de compositions variées et étonnantes? Car si l'ambiance reste au désespoir et à la noirceur , ils semblent déclinés dans toute la palette des sentiments humains! Sentiments qui transpirent à travers cette musique si poignante et si grave! Vous êtes à présent à genoux , pleurant des larmes noires, tandis que souffle le vent qui transporte la poussière de ce qui fut!
Le temps est à la chute des empires et des fondations de notre monde; l'homme est l'artisan de sa propre chute par les ravages qu'il a causé à son univers; chute transcrite par la très longue intro de "
Failure of the dreamer"; un soupçon orientalisante; avec un rythme lent qui met à l'honneur la batterie et la basse, elle laisse la part belle à une lead guitare fort bien inspirée, le tout ayant un relent d'épique de fort bonne facture; on pourrait croire à un instrumental tant l'arrivée de la voix se fait tardive, mais ce n'est que pour mieux installer le décor suivant... l'approche du néant délivré par le très efficace "
time zero" , suivit du très rapide "watch the world die" qui semble donner le coup de grâce! Qu'attendre de plus, alors? Tout simplement la naissance d'un nouvel ordre des choses! Derrière l'épais rideau de fumée , de poussière , du magma informe du chaos, émerge alors un nouvel état de chose , une nouvelle création, comme un rai de lumière délivré par le virtuose instrumental "
The new order" qui nous captive déjà par sa mélodie récurante, une vraie bouffée d'air après l'atmosphère d'armaggedon qui régnait sur tout l'album; au passage on vous gratifie d'un ou deux soli, pas innovants, mais tout à fait réussis et arrive l'outro de cet opus, "Round Circles" un morceau de bravoure de pur death sur lequel se déchainent tous les officiants, qui achève en apothéose ce voyage, ce cycle à travers le monde noir de l'humanité ,"condamned to live in the kingdom of sorrow".
Vous prenez conscience qu'une heure s'est écoulée très vite, que, malgré le sujet sombre et l'étouffant contexte, vous vous êtes laissé porter par l'envoutement de la musique! Et immanquablement , vous le savez, vous referez le voyage, encore et encore...
Watch the word die est un conte philosophique qui vous prend aux tripes et au coeur! mais c'est surtout un voyage dans un univers musical d'une grande richesse et d'une maturité peu commune sur la scène française!
Délivré par des musiciens qui révèlent une grande maitrise de leur art et une inspiration prometteuse dans leurs compositions, le tout servi par une production énorme!
On ne peut souhaiter que trois choses ( ce qui est déjà beaucoup) : que
Minushumantrouve enfin la reconnaissance qu'il mérite, notamment en décrochant un contrat avec un label, qu'ils arrivent à tourner sans oublier le coin où nous demeurons et que le prochain opus soit aussi bourré de talent que celui-ci!
Les points à travailler:
- l'espoir (ndc: je plaisante!)
- plus de soli inspirés pour pouvoir appréciés la vituosité.
- honnêtement je cherche!!!
- la communication externe avec les labels?
Les points forts:
- un identité au niveau du son.
- des compositions inspirées.
- des musiciens talentueux pour ne pas dire plus.
- une bonne production.
- la cohérence de l'album tout en proposant une grande variété de compositions et d'influences.
- un vocaliste qui colle parfaitement à l'esprit du groupe et de l'album.
- la magnifique pochette avec des photos très à propos.