Quand
Ken Hensley a commencé à travailler sur cet album, il a du le vivre de façon particulière. A devoir modifier un peu le son d'un groupe pour coller à la voix d'un nouveau chanteur. Après sept ans,
David Byron, le charismatique chanteur des premiers efforts, souvent auréolés de gloire, s'en est allé, n'arrivant plus à gérer ses problèmes d'alcoolisme et d'autres, d'ordre relationnels avec le restant du groupe. Son décès en 1985 restera pour beaucoup comme un énorme gâchis. Après son départ, c'est
John Lawton qui hérite du micro, chaudement recommandé par
Roger Glover après sa prestation pour le célèbre Butterfly Ball dudit Glover.
Et surtout, il est difficile de succéder à un disque bâtard comme peut l'être High And Mighty. Sans être mauvais, il marquait une espèce de dégénérescence au sein de
Uriah Heep et montrait un groupe sans réelle cohésion. La facette hard rock s'était estompée et la fougue de ne serait-ce que Return To Fantasy semblait loin, trop loin, presque inaccessible.
Mais avec ce Firefly, à la pochette une nouvelle fois illustrée avec délicatesse par Martin White, on retrouve de l'entrain dans la musique de
Uriah Heep. La guitare de
Mick Box reprend du poil de la bête et les interventions du moustachu sont souvent de très bonne facture (
Been Away To Long,
Rollin' On...). Mais bien sûr, c'est souvent l'orgue Hammond de Hensley qui se taille la part du lion. L'homme est toujours présent, à construire des ambiances délicates ou énervées, qui servent de trame pour le reste des musiciens. A partir de lui, le monde de
Uriah Heep se construit, se pare d'atours plus ou moins somptueux. Avec du talent, ils créent un monde magnifique, auréolé de contours somptueux. Trop timides, ils restent cantonnés à du banal, sans grande envergure, sans passion.
Reprendre du poil de la bête. Une mission toute bête pour certains, mais qui semble assez difficile pour le Heep qui n'ose pas vraiment s'affranchir de l'ère Byron. Le style n'évolue pas franchement. Le son progresse à peine. On sent que Lawton ne cherche pas à imposer son style, qu'il veut au contraire approcher celui de Byron pour ne pas déstabiliser une fan base déjà fortement ébranlée. Si l'homme chante bien, il n'a malheureusement pas l'aura, le charisme de son prédécesseur, qui en imposait vraiment au sein de
Uriah Heep, avec sa diction soignée et son sens de la poésie, de l'accentuation particulière qu'il donnait à ses vers.
D'un point de vue strictement technique, ça se défend. Musicalement, il y a de quoi être comblé, avec une approche quelque peu progressive sur certains titres (
Rollin' On,
Firefly...). Bien sûr, il y a quelques bas, mais ils sont largement compensés par des hauts classieux à souhait. En revanche, on ne sent pas un groupe particulièrement remis de ses dernières aventures et l'unité ne semble pas avoir regagné les rangs. Il est assez difficile de croire que cet album timide soit serein. Un paradoxe étrange, mais bien présent.
Firefly est un nouveau départ pour un groupe en pleine crises existentielle et de confiance. Le virage est négocié à peu près convenablement, il n'y a pas trop de casse et on peut même considéré cet album comme bon à défaut d'être un véritable coup de poing sur la table pour prouver que
Uriah Heep est encore vivant et qu'il veut faire mal. Mais les amateurs peuvent être ravi, la poésie est bien là, bien présente. Ne boudons pas notre plaisir, même si celui-ci ne sera que mineur.