Certains verront en
Eyes Of Noctum la réponse américaine à
Cradle Of Filth, d’autre le verront comme le nouveau groupe de Black pour ados, et il y en a d’autres qui verront en ce combo, un groupe dont le seul attrait est le fait que le chanteur soit le fils du célèbre acteur Nicolas
Cage.
Mais d’autres personnes plus positives verront là le nouvel espoir d’une scène internationale, d’abord parce que la moyenne d’âge des musiciens est très peu élevée, mais également parce que la grandiloquence de la musique bottera plus d’une fesse !
Mais qu’en est-il vraiment de ce groupe destiné à devenir un phénomène ?
Avec une grosse surprise, c’est évident,
Eyes Of Noctum a du potentiel ! C’est du moins ce que l’on pense dès le morceau d’ouverture de l’album. Les ambiances gothiques sont posées ! Pour cela, une recette bien simple : un clavier, des chants plus ou moins incantatoires, un orchestre qui arrive crescendo-decrescendo pour exploser, accompagné de guitares puissantes et lourdes, mais surtout d’une batterie explosive comme jamais. Rares sont les batteurs de cette veine à proposer un jeu aussi précis et puissant !
Alors, à part Alsvid de
Seth, Thrym, Dave Lombardo ou Dirk Verbeuren, il en manque un, le seul et unique
Hellhammer ! Et oui, en plus d’être connu pour ses exploits dans divers groupes comme
Mayhem,
Arcturus,
Dimmu Borgir et j’en passe, il est aussi vu par beaucoup comme le businessman du Black Metal. Et comme l’argent est bon à prendre partout, il n’a pas hésité à prêter ses services à un jeune groupe, quelle générosité !
Ainsi, ce cher
Hellhammer apporte sa petite contribution à l’album le temps de quelques frappes, mais quoi qu’on en dise, toujours avec cette même performance !
Le chant, lui, puise plus dans des influences Death que dans le Black Metal. Mais parfois, on pense aux vocaux hypermodernes et robotiques de Shagrath sur Death Cult Armageddon, c’est en tout cas ce que rappelle le titre Devil’s Wind. Le chant n’est pas des plus variés, mais il faut reconnaître qu’il est efficace. Par contre, du chant clair vient faire irruption (God’s Second Hand) à la manière des groupes de Death Mélodique, et il faut bien avouer que le rendu est abominablement kitsch. Cela n’apporte rien sinon une petite dose de ridicule typique de certains groupes américains qui s’aventurent dans le Black Metal Symphonique.
En parlant de symphonique, heureusement que le groupe a mis le paquet sur les orchestrations d’ailleurs !
Sinon, que resterait-il ? Les guitares sont bel et bien présentes, mais elles ne servent absolument à rien si ce n’est soutenir cet orchestre, ajouter un peu de puissance à l’ensemble. Mais on est largement en droit d’en attendre un peu plus de ce côté-ci. Mais au lieu de ça,
Eyes Of Noctum se contente de proposer des rythmiques vues et revues des centaines, voire des milliers de fois… Où est l’intérêt ? Des groupes comme
Hollenthon ou
Therion savent vraiment utiliser un orchestre, et la musique du groupe en lui-même arrive à suivre et à présenter quelque chose qui tient la route. Mais c’est bien là le gros souci de
Eyes Of Noctum. Les riffs sont des plus basiques qu’il soit, les mélodies sont aseptisés et stériles, souffrant d’un manque d’originalité certain.
Et pourtant, le disque en lui-même présente tout ce que le Black Metal a de plus accessible. Des centaines d’ados pourront trouver là la nouvelle sensation de Metal Extrême, plus extrême que
Slipknot ou
Korn, les ouvrant à un univers qui se veut légèrement plus sombre.
Eyes Of Noctum a su, et c’est indéniable, faire un mix de ce que la scène Black avait de plus populaire avec
Dimmu Borgir,
Cradle Of Filth, ou encore
Carach Angren, tout en puisant dans
Graveworm ou des groupes de cette veine. Mais des centaines de groupes l’ont déjà fait. Mais ce mix a simplement pour but de rendre le Black Metal encore plus lisse, plus accessible, et bien plus commercial !
Pour sortir son épingle du jeu, le groupe énormément misé sur la prod. Le son est d’une puissance phénoménale, sans faille, chaque instrument ressort très bien, on sent qu’on est à la pointe de la modernité avec une précision si cristalline ! Et quand on sait que ce jeune groupe se paye le luxe de s’offrir le studio Fredman, avec Fredrik Nordström aux manettes et qu’en plus de ça, des invités de taille comme
Hellhammer et Snowy Shaw (
Mercyful Fate,
King Diamond) font des apparitions sur l’album, on comprend que derrière tout ça, il y a de gros moyens ! Le groupe a misé sur des arguments de vente de taille, n’oubliez pas en plus qu’Arcane est le fils de Nicolas
Cage !
Un groupe si jeune, et qui n’a jamais sorti de démos qui arrive à pondre un disque de cette puissance avec de tels invités, et qui à côté de ça, propose une musique pompée par-ci par-là sur les plus grands, là je dis nan ! Où est l’esprit du Metal ?
Le Metal, c’est des groupes qui galèrent, qui enregistrent des cassettes avec les moyens du bord pour tenter de se faire connaître, qui font des concerts dans des bars, tout ça avant de produire un premier album bourré de failles, mais tout ça, c’est ce qui fait son charme ! Où est le charme de
Eyes Of Noctum ? Dans le fric mesdames et messieurs, dans le fric qui a pondu cette musique sans âme, sans originalité. Tandis que chez d’autres groupes, la musique vient de la sueur de leur front !
Eyes Of Noctum est une preuve de plus qu’avec un papa plein de fric, les portes s’ouvrent sur notre passage. Mais avait-on besoin de ça en plus dans le Metal, notre univers qui tentait tant bien que mal de se préserver de tout ça ?