Aujourd'hui, c'est presque comme une évidence. Comme si ils existaient depuis la nuit des temps, depuis la préhistoire du metal, depuis que les Dieux, lassés de se taper sempiternellement les mêmes Walkyries à la poitrine démesurée et de taper les géants et les trolls, avaient lancés quelques éclairs sur les mortels, leur donnant une science innée du heavy (et leur faisant accessoirement gonfler les testicules, ou peut être lesdits mortels ont-ils rêvés cela ?). Histoire de ne pas faire d'erreur de casting, les Dieux n'ont pas choisi des tapettes glamouzantes de L.A., mais ont porté leur choix des heureux élus lors d'un concert de
Black Sabbath. Là, Ross The Boss (a.k.a. "Manche de fer"), alors guitariste de Shakin' Street, groupe français faisant la première partie du Sab' ce soir là, fait la connaissance de Joey DeMaio (a.k.a. "Couilles d'acier"). Les deux guerriers vont rencontrer bientôt Eric Adams (a.k.a. "Octave Virile") et Donny Hamzik (remplacé sur Into Glory Ride par Scott "Frappe Barbare" Colombus). Les Dieux en ont décidé ainsi,
Manowar va désormais "combattre le monde" sous "le signe du marteau", comme les "guerriers du monde" qu'ils sont, bien que, évidemment, les "rois du metal" "saluent l'Angleterre", et caetera...
Cependant ce premier album, sainte baffe envoyée dans la gueule des ennemis qui vont désormais apprendre à craindre les Frères d'Acier, n'est pas totalement exempte de faiblesse. Ni ultra ridicule, comme pourra le croire le mélomane élitiste, tentant de rester profondément sourd à ces appels grondants, quelque peu machos et bas du front, mais pas fondamentalement inécoutables. Il s'agit juste, comme on peut accepter la voix death pour le death ou les samples pour l'indus, d'embrasser totalement cette surproduction de testostérone, de thèmes guerriers et d'émules de Conan. Il faut se jeter à l'eau (ou dans la bataille), et là c'est beaucoup plus facile. Et c'est surtout impossible de ne pas se sentir tel un viking (ou un barbare, ou ce que vous voulez torse nu et avec une hache dans chaque main) à l'écoute de Battle Hymns, titre épique et assumé, qui, il est vrai, a son lot de "Kill" et de "Victory". Les Dieux faisant bien les choses, la rencontre sur un concert du Sab' n'est pas innocente, Dark Avenger sonne comme un hommage à
Black Sabbath, première période. Le son est assez massif, la composition aussi, et Orson Welles joue même sa guest-star, la classe. Mais les Dieux n'étant à l'époque plutôt tolérant, on trouve aussi un peu de hard, plus (Metal Daze, avec son break fun et son refrain fédérateur) ou moins (un Death Tone assez plat finalement) réussi. Hailellujah !
Parce que bon, à côté, on se fait chier. L'autolaudatif tendance burnée, camaraderie guerrière, c'est sympa, mais quand c'est bien fait.
Manowar (la chanson) donne l'impression que les Dieux étaient un brin bourrés et ont donné des coups de marteaux à tort et à travers, par rapport aux glorieuses batailles gentiment évoquées à côté (et leurs Hymnes, bien évidemment). Et puis il y a ça. La CHOSE. Le MONSTRE. Le "SOLO DE BASSE NEOCLASSIQUE AU MEDIATOR". Appelez-le comme vous voulez. Mais non seulement ça fait branlette technique et démonstrative pour remplir l'album, en plus c'est inutile, et histoire de dégouter totalement l'adorateur des Dieux, ça donne envie de se jeter par la fenêtre tellement c'est moche. Franchement rédhibitoire, donc. Le pire c'est que la CHOSE reviendra (mais sur d'autres albums heureusement).
Manowar a donc pris le flambeau éternel, pour ramoner la gueule aux ennemis, violers leur femmes, boire leur bière, et conduire des motos. Il faut donc pas être allergique à l'acier (pour la hache, hein) ni au cuir (ouais, un vrai guerrier ça a pas une grosse armure, ça a pas peur de mourir les vrais guerriers, d'ailleurs les vrais guerriers meurent jam...enfin bref). Et prendre cet album pour ce que c'est: une baston furieuse, le genre de truc qu'on peut faire de temps en temps, parce que c'est rigolo, mais pas en permanence, parce que ça file mal à la tête. Ainsi en ont décidé les Dieux, avant de se jeter sur un nouveau tonneau d'hydromel.