Originellement annoncé pour 2009, c'est à la mi-janvier 2010 que sort enfin le quatrième album de
Lost Soul,
Immerse In Infinity, sur le label Listenable Records, avec une pochette assez attirante. Ensuite, difficile de dire que cet album était réellement attendu. La côte de popularité des Polonais n'égalant pas celle de leur compatriotes de
Vader, ils ont quand même, avec les années, su se forger une fan base fidèle. Mais de là à imaginer qu'ils soient attendus comme un messie en noir...
D'un point de vue purement musical,
Lost Soul connait bien son affaire. Un death metal brutal et technique, qui ne fait pas dans la dentelle. Comprenez que ça blaste sévèrement tout du long, sans pour autant foncer à deux cent à l'heure. Des mid tempos plutôt angoissants qui sont là pour faire très très mal. N'y allons pas par quatre chemins, soyons franc : ils maitrisent la dislocation des oreilles. A ce titre,
Immerse In Infinity est construit comme une succession de baffes, toutes plus terribles les unes que les autres. Et c'est peut-être là que le bât blesse en définitive. Effectivement, à force de déguster, on fini par être immunisé face à un tel déferlement de brutalité gratuite. Les tortures infligées ne varient pas assez pour continuer à faire mal. On devient insensible à ce flot de douleur, on a plus mal et le tortionnaire à raté son coup.
Mais ne soyons pas trop médisant. Après tout, il y a de quoi prendre un pied monstrueux sur ce disque. Au pif,
One Step To Far est même carrément la bonne surprise. Une mise à mal que l'on accueille de façon masochiste. On aime avoir mal et là, oui, ça fait très mal. Avec son ambiance très black metal qui se dégage pour laisser place à de véritables mosh parts destinées à faire très très mal en concert, on se retrouve avec un titre certifié de qualité supérieure. Où l'on retrouve un grain de folie persuasif. Qui donne envie de croire à ce disque. On peut aussi citer
Revival qui ouvre les hostilités avec l'artillerie lourde, un tabassage incessant qui ressemble à une série d'uppercuts sauvages. Et bien sûr,
Simulation, oeuvre finale, qui nous entraînes dans des contrées plus tribales avant de ressortir les matraques pour mieux nous montrer qu'il ne faut surtout pas sous-estimer
Lost Soul.
Mais voilà, le mortier entre ses morceaux s'effrite assez vite. Redondance. Impression d'entendre trop souvent le même jeu de batterie, le même riff, le même solo. Les breaks peinent parfois à surprendre. Ce n'est pas forcément mauvais, mais c'est loin d'être ingénieux et viable dans un monde où les Français de
Gojira et de
Gorod, au pif, évoluent comme un poisson dans l'eau, en apportant énormément de variété à leur jeu, une variété qui n'est pas de mise ici. Et c'est là que réside le grand point faible de cet album, où les coups d'éclats ne parviennent pas toujours à tirer l'ensemble vers le haut.
Immerse In Infinity n'est pas à jeter. Tout une frange du public y trouvera largement son compte. Cependant, on peut se demander légitimement, si, à une époque où le death metal prend de plus en plus de directions différentes, à une époque où il ne cesse de s'enrichir,
Lost Soul ne risque pas à plus ou moins court terme de perdre son âme dans une espèce d'immobilisme stylistique. A voir sur le prochain album, d'ici... 2015 ?