Il existe un préjugé tenace selon lequel un groupe de metal symphonique ne peut prétendre à un résultat digne de ce nom sans une panoplie d’accessoires divers et variés, allant de la chanteuse d’opéra à l’orchestre symphonique en passant par le chœur et le dernier pianiste virtuose japonais. Avec cet EP,
Amaranthys nous prouve qu’on peut faire aussi bien avec infiniment moins de moyens et plus de panache.
Incontestablement, cet EP est une réussite, et ce pour deux raisons principales. En premier lieu, la qualité des compositions et le talent des musiciens. Ajoutons le mixage d’une qualité on ne peut plus impressionnante pour un album autoproduit.
Mais la principale qualité de cet album, et sa nouveauté, réside dans le double chant féminin : la chanteuse principale, Saya, est rejointe aux moments « stratégiques » par une deuxième voix féminine, Lérina. A ma connaissance, aucun groupe de metal auparavant n’avait fait un usage systématique de ce genre d’association ; du moins pas avec des mélodies assez simples comme celle-ci, sans instruments classiques ni technique particulière, plutôt rock que metal. Au final, on obtient une musique simple et d’une grande fraicheur, et cependant originale.
En fait le concept est simple : généraliser le concept guitare lead/guitare rythmique. Encore fallait-il y penser.
En parallèle, les thèmes développés par le groupe sont peu originaux mais intéressants et poétiques.
Calling The Night fait une bonne entrée en matière. Débutant sur un excellent solo, elle n’est pas sans rappeler
Sleeping Sun et son inoubliable mélancolie. Le double chant s’y illustre particulièrement.
Vient ensuite
Spirit In a Cage, plus rythmée, mais tout aussi nostalgique. La vieille allégorie de l’oiseau en
cage, la liberté de l’esprit…
Rara Avis (« oiseau rare » en latin) revisite le thème du cygne noir (représenté sur la pochette), symbole de l’imprévu et du mystérieux ; mais parfois également symbole de mort associé à la rivière Tuonela… Le double chant se fait plus grave, prend des allures de chœur, les solos se font rapides, incisifs. On sent l’influence d’
Oceansborn.
Une mélodie d’inspiration celtique introduit ensuite
Prisoner of the Longer Day, mélangeant un peu de français au chant en anglais, et il faut reconnaitre que l’effet est assez réussi.
Vient la conclusion,
The Legacy. Une mélopée lointaine, un air lent et grave, et nos deux chanteuses arrivent avec fougue et détermination. Suit un titre plus rapide, plus dur, plus critique du monde actuel et de ses évolutions.
Certes, l’album n’est pas exempt de défauts. Le chant principal reste juvé
nile, Saya semble parfois avoir du mal à poser sa voix, mais elle sait compenser par des accents imprévus. Par ailleurs, loin de lui faire ombrage, le chant de Lerina l’accompagne et la soutient véritablement.
On notera également que, malgré la connotation « doom » de l’ensemble, la forme s’écarte résolument de ce style, se rapproche plutôt du
Nightwish des premiers temps.
Un bon album donc, alliant simplicité et originalité, d’une grande fraîcheur assorti d’une solide technique. Attendons la suite. Avec impatience…