Qu'est-ce qu'un plat mes ami(e)s? Nombre de choses il faut le dire...Il y a le plat pour faire un gratin, à mettre au four ou pour servir tout court. Il y a le plat dans le sens de surface terne, sans remous; le plat que l'on fait lorsqu'on se prend pour Manaudou (qu'on appelera double plat) et qu'on rate son plongeon et enfin, en terme musical, plat signifie fade, sans imagination, sans relief. Bref, chez
Kruger on est dans toutes ces définitions.
Non la méchanceté n'est pas typique du chroniqueur. A vrai dire le chroniqueur cherche souvent les points forts plutôt que le marteau pour frapper l'enclume. Sauf que parfois le marteau c'est du +24 en capacité offensive + 33 contre les critiques alors forcément la tentation est trop grande...
Avec
For Death, Glory and the end of the world,
Kruger nous lâche un titre à la
Amon Amarth. On s'attend à du lourd, du gras, de l'épique, du canasson en proie à une envie subite de galoper, au Capitaine Stark qui, encore une fois, charge à tout va. Et pourtant c'est tout sauf ça.
Kruger fait dans le mou, le facile, le tristement fade. Pourtant le groupe n'en est pas à son premier essai, le rejeton étant le quatrième de la formation suisse. Autant dire que les gars ont leur patte. Inspirés à la base par de multiples groupes géniaux comme
Neurosis,
Tool, Converge, Unsane ou Breach, les gars de
Kruger nous servent un Metal plutôt riche malgré tout, que l'on qualifierait presque de Post-Metal. Les mélodies étincellent, les riffs sont tantôt barrés, Death, ou axés puissance Core. Cependant, les bases musicales de
Kruger ne semblent pas avoir disparues. On reconnaitrait presque (trop)
Pelican dans "Anthem of pretended glory" ou encore "Villains", un des superbes titres de l'album au final bien chaotique. En fait on reconnait bien trop l'inspiration Post-Rock dans nombre de morceaux. L'interlude "Centre", bien que très jolie, révèle le problème du groupe: s'enfermer dans des carcans institutionnalisés. Et c'est là le principal défaut.
Car en voulant explorer
Kruger fait dans le conventionnel. Les mélodies proches du Post-Rock de
Pelican ou Mogwai sont sans éclat, sans recherche. En fait, le tout est prévisible. Chaque riff est détecté dix secondes à l'avance et malgré de bonnes idées, ça décolle rarement. On assiste à un retour en arrière de cinq ans tant le style est parfois sans personnalité ("Our Cemetary is full of strangers" trop fade pour convaincre). Alors oui, parfois, on a des moments de gloire. "Muscle" par exemple, en featuring avec Joseph Duplantier de
Gojira (pour une fois que ça sert) est diaboliquement entrainante et barrée, les deux voix des chanteurs se complétant également à la perfection. "Villains", riche en rebondissements et...c'est malheureusement tout. Pour le reste,
Kruger ne surprend que peu, voire pas du tout. "The Ox" est une entrée tout ce qu'il y a de plus plat, "Duke of nothing" n'a de bon que son intro (et encore) au riff percutant.
Au demeurant, la production de l'album est plutôt bonne, puissance et clarté se conjuguent (ce qui est rare) et on prend plaisir à ne pas se bousiller les oreilles dès qu'un semblant de de guitare aïgue raméne le bout de son nez. Mais là où la production sonne juste, le reste ne suit pas. Les compositions sont bateaux, fades, plates en fait. C'est pour ça que toutes les définitions se rassemblent.
For Death, Glory and the end of the world est un plongeon raté, un album sans vagues, d'une richesse quasi inexistante, et au final un plat à mettre au four. Triste à dire, méchant peut être, mais le marteau est sacrément puissant. On retiendra deux, trois morceaux sur le tas, dont un featuring intéressant pour une fois, une interlude mignonette et "Villains", pourtant juste bon mais à l'image de messie dans cet album conventionnel. Pas forcément mauvais, mais sans éclat donc. "Il s'en est fallu d'un poil de mollet de fourmi" dirait Blutch. Et on est d'accord.