S'il y a bien un groupe dont on pouvait attendre un DVD live c'est
Cult of luna. Non content d'accoucher de multiples chefs-d'oeuvre, le combo est parvenu à se créer une aura de monstre scénique à l'instar des titans de
Neurosis. Pour avoir assisté à l'un de leurs shows, votre serviteur peut vous assurer que certaines légendes naissent à partir de vérités plus que de mensonges. Chez
Cult of luna, la dimension de chaque album est décuplée par le live, et offrir aux fans un témoignage de leur talent est on ne peut plus bienvenu.
Les groupes de Post-core sont déjà réputés pour être parmi la fine fleur des formations de qualité sur scène. On peut parler de
Pelican, de
Dirge, de
Isis et bien sûr de
Neurosis. Les prestations sont souvent singulières, éloignées d'un
Gojira ou d'un
Cannibal Corpse par exemple. Le dialogue avec le public est souvent inexistant, et les moyens peuvent être colossaux tant au niveau des compléments (la vidéo et les lumières de
Neurosis et
Dirge) que du son, ce dernier point ayant fait de certains groupes des légendes scéniques (
Neurosis en tête). On ne sera alors que peu surpris en voyant que
Cult of luna conserve certains aspects typiques de la scène Post-core: pas de dialogue avec le spectateur, un son dantesque, des lumières à te couper les genoux sous le manteau mais aussi une implication du feu de Dieu. A la différence de certains de ses camarades,
Cult of luna privilégie cependant une esthétique plus austére, conservant une approche plus musicale que visuelle. Un drapeau en arrière-fond (dans le cadre de cette tournée, c'était la pochette d'
Eternal Kingdom en détaillé) et pas un artifice de plus. La vidéo déconcentrerait l'auditeur et couperait le lien principal musique-public revendiqué par le groupe. Une conception proche d'un
Blut aus Nord mais qui reste moins extrême et a le mérite de se comprendre aisément.
Pour en venir au fait même, soit le contenu de
Fire was born, il convient de parler tout d'abord de ce qui nous intéresse: le live. Une heure et demie de show à peu près, durée moyenne somme toute mais durée décevante tant la qualité va vous foutre sur le cul. Pas un véritable reproche non, au contraire, le live happe à ce point que l'on veut y revenir à la charge. Dix titres, issus de Salvation,
Somewhere along the highway et bien sûr,
Eternal Kingdom, album de la tournée. Autant dire qu'il y en a pour toutes les périodes. Et le groupe n'a pas choisi les plus mauvais. "Leave me here", "Adrift" pour Salvation par exemple, "Finland" et "Dark city, Dead man" pour
Somewhere along the highway et "Ghost trail" ou "Following Betulas" pour
Eternal Kingdom. Du lourd en perspective...D'autant plus que le groupe est au complet (chose très rare), c'est à dire, avec ses deux batteurs, pour un rendu encore plus percutant. Alors on bavasse, on bavasse mais qu'en est-il vraiment de ce live sur
Fire was born? Le premier constat est décevant, et ce pour l'un des premiers titres, il faut le dire. Non pas que le groupe joue mal mais simplement que la puissance et l'impact apparaissent nettement plus faibles sur ce titre que sur le reste de la prestation. "Owlwood" en effet, ne dégage pas assez de puissance pour couvrir tout l'aspect sombre initial de sa composition. Le chant assuré au début par Johannes est impeccable, les musiciens sont impliqués mais le son suit moyennement sur ce morceau alors que sur l'entrée "Following Betulas", l'émotion était déjà palpable. Fort heureusement, le reste est incroyable. L'arrivée de "Ghost trail" marque le premier coup de poing en pleine tronche: l'envolée émotionnelle du milieu de morceau est splendide et la fin du titre (qui permet à Klas d'entrer au chant) envoie ce qu'il faut pour calmer le public de la Scala. C'est bien simple, à partir de "Ghost trail",
Cult of luna ne fait plus qu'un.
Si les deux premiers morceaux pouvaient laisser sceptique le fan des albums, l'arrivée du monstre présent sur
Eternal Kingdom permet de mettre les choses au clair:
Cult of luna démarre fort et le son est d'un seul coup parfait. Les titres sont tous impeccables et souvent merveilleusement décuplés dans leur impact. Mention spéciale à "Finland", superbe du début à la fin avec son double chant et ses interludes sublimes, "Adrift" et son passage central mémorable où les musiciens se déchainent physiquement, comme possédés et enfin "Dark city, Dead man", peut être la plus réussie, concluant en beauté un live éprouvant pour l'esprit. Les plans de caméras sont fort variés et permettent d'apprécier sous tous les angles le show, ne laissant personne de côté et dévoilant la partie musicale de chaque musicien (le jeu des batteurs est souvent différent). Le son est incroyable, et même s'il découle d'une post production, souligne bien le fait que le son initial du concert est pachydermique à souhait. Le rendu final est simplement puissant et clair, le groupe ayant privilégié une finesse et une distinction plus prononcée pour chaque instrument qu'une extrême puissance qui se serait faite au prix d'un son brouillon. Du coup, on apprécie chaque seconde du live de
Cult of luna, mystique, magnifique et bluffant de bout en bout, techniquement et spirituellement. Les Suédois donnent tout, délivrent leur musique comme s'ils dévoilaient leurs âmes et permettent au spectateur curieux de découvrir un univers plus que riche et au fan de revisiter leur musique qui n'apparaitra jamais plus belle qu'en ce moment.
Pour le reste, on a droit à des clips vidéos ("Leave me here" ou "Back to chapel town" par exemple) et à une interview donnée par Johannes Persson et Anders Teglund. Cette dernière répond en fait à des questions de fans qui ont été sélectionnés parmi une foule de candidats. Le résultat est sympathique mais en anglais, hé oui, le défaut principal de
Fire was born restant son unique langage...L'intérêt reste alors le live, d'une qualité parfaite, future référence à venir.
Fire was born posséde un cachet définitivement particulier. Non seulement le titre même du DVD est on ne peut plus prétentieux, mais en plus il n'est disponible qu'en import, et ce, obligatoirement accompagné de
Eternal Kingdom, dernier chef-d'oeuvre des Suédois sorti en 2008. Cependant, et attention je vais parler argent (maudis sois-je), pour dix-huit euros, on ne crache pas dessus et on remarque la bonne affaire que nous offre Earache records. Un live mer-vei-lleux, mais des bonus faiblards, voilà ce qu'est
Fire was born:un achat indispensable pour les fans et une occasion monstre pour les autres de découvrir un groupe avec autant de génie.