Après deux albums de styles et de composition extrêmement proches, tout deux hautement symphonique et essentiellement instrumentaux,
In Extremo livra ce
Weckt die Toten qui représentait une véritable rupture. L'album sortit en août 1998, soit seulement trois mois après
Hameln, et au vu des différences le délai n'en paraît que plus faible. Entre les deux, la ligne s'est considérablement durcie : un seul morceau instrumental, beaucoup plus d'instruments modernes et surtout du chant, enfin du chant !!
A vrai dire il n'a pas énormément changé depuis sa première apparition dans Villeman Og Magnhild de
Gold, qui est d'ailleurs réintégré à cet album : moins dure cependant, moins rocailleuse, un peu hurlé ; jouant toujours autant sur les consonances gutturales des langues germaniques, mais beaucoup moins grave.
Son style varie cependant beaucoup suivant les titres, et l’impression recherchée ; généralement il mélange des techniques du chant death avec d’autres de styles traditionnels. On peut la rapprocher de la technique employé par le chanteur de
Korpiklaani, et par moment de celle qu'emploient certains groupes de power prog tels que
Wuthering Heights.
Michael Rhein à parfois été comparé à Till Lindemann, mais c'est injustifié. D'une part
Rammstein et
In Extremo n'ont pas grand chose en commun, de l'autre il y a entre les deux la différence entre un ténor et une basse. Par ailleurs Michael Rhein use de techniques vocales beaucoup plus diverses et ne se cantonne pas à un style en particulier. Il est cependant tout à fait capable d'égaler son illustre compatriote, comme il le prouva ultérieurement, en particulier sur le single de
Kuss Mich.
Parlons un peu des chansons maintenant. Le style s'est un brin modernisé (moins d'instruments médiévaux, guitare ou batteries sur presque toutes les pistes) en revanche les sources d'inspirations sont toujours aussi ancienne. Elles proviennent d'un peut tout le répertoire médiéval européen : Allemagne, Norvège, suède, Occitanie, Espagne...
Musicalement, on est encore loin des standards classiques du metal. Cependant le dosage est réussi ; on ne peut pas dire que les instruments folks « étouffent » les guitares ; les deux sont utilisés mêlés ou séparément, mais dans tous les cas de façon équilibré et avec un art consommé. Curieusement les riffs (quand il y en a) se rapprochent souvent du speed.
On peut remarquer l’absence de batterie, remplacée par les percussions sur un certains nombre de titres ; un choix qui fait paraitre le groupe encore plus atypique.
La diversité des compositions est grande, peut être du fait que le CD s'apparente plus à un best of qu'à un album : huit des douze chansons ont en effet été reprises à des albums ou des singles antérieurs, certaines remises au goût du jour. Mais ces disques étant maintenant introuvables, on est donc comptant de découvrir les anciennes productions du groupe.
Stella Splendens, Vor Vollen Schuesseln et Twe Sostra étaient déjà sur
Hameln, mais la deuxième a été revue et a subie les mêmes modifications au niveau du chant et des compositions. Comparer les deux versions permet de mieux mesurer le chemin parcouru.
De même Villeman og Magnhild était déjà présente sur
Gold, mais l'on retrouve avec plaisir cette balade norvégienne médiévale.
On retrouve également A Vis Lo Lop, antique chanson populaire auvergnate, présente sur tous les singles et démo d'avant 98.
Der Galgen (« le pendu ») figurait sur le single éponyme de 97 en compagnie de Como Poden et Rotes Haar (« cheveux rouges »).
Der Galgen, surtout, est excellent : un jeune homme, qui doit être pendu, supplie le bourreau d'attendre que son père ait apporté la rançon, mais le père n'apporte « ni or ni argent » refusant de racheter ce fils malhonnête. Il le supplie alors d'attendre un de ses amis, mais l'ami n'est pas venu pour le racheter : « je viens seulement/ te voir sur la potence ». Et l'intéressé de conclure « er will mich hängen sehn ! », il veut me voir pendu... Le chant traduit magnifiquement les sentiments des personnages : tour à tour la confiance du héros qui, la corde au coût, reste cramponné à son espoir ; la dureté du père ; l'hypocrisie de l'ami ; le désespoir final.
Rotes Haar est également un bon titre, plus lent que d’habitude, donnant la prédominance aux guitares, pas de batterie. Quand à Como Poden, elle n’utilise les instruments traditionnels que par touche. Il s’agit d’un hymne à la Vierge en Galicien médiéval (la Galice est la région d’Espagne au nord du Portugal).
Pour en revenir à l'album, il n'y a donc finalement que quatre nouvelles chansons : Hiemali Tempore, Palästinalied, Maria Virgin et Totus Floreo. Toutes à thèmes religieux, remarquera-t-on !
Hiemali Tempore et Totus Floreo sont toutes deux en latin, et toute deux adaptées des Carmina Burana. Plus modernes, le cocktail de riff heavy, limite speed, et de chants en latin à moitié hurlé est pour le moins énergique ; les moines défroqués qui composèrent l’original l’auraient certainement adopté pour accompagner leurs beuveries !
Palästinalied (Chants de Palestine) est adapté d’une chanson de Walther von der Vogelweide, poète allemand du XIIème siècle, faisant l’apologie des croisades (« Désormais ma vie vaut la peine d'être vécue […]] / Je suis venu dans la ville / où Dieu est devenu homme. Pas très politiquement correcte… Le chant se fait rêveur, un peu triste, cherche à rejoindre l’esprit des ménestrels ; l’accompagnement de riffs courts et de hautbois renforce bien cette impression.
Mago de Oz en a également fait une reprise, avec la mollesse qui les caractérise.
Maria Virgin, hymne à la Vierge lui aussi issue de Galice médiévale, est celle où le chant se fait le plus rauque ; l’accompagnement mêle instruments modernes et anciens, mais donne prédominance à ses derniers. Un retour dans la veine « paysanne » modernisée.
Sur cet album, apparait donc une variété et une diversité de styles auquel le groupe ne nous avait pas accoutumé. Cistre, chalémie, cornemuses, flûtes, sont désormais mêlés et indissociables des instruments modernes. Le chant se fait tantôt grave, tantôt lent, tantôt haut et rauque, tantôt grave et dure. La rupture était faite dans la discographie d’
In Extremo. Et si vous avez tout lu, vous avez droit à toute ma considération !