Dans les groupes montants de la scène hexagonale, peu de noms apparaissent. Si le metal français commence tout juste à percer, c’est grâce à
Gojira, qui porte le flambeau depuis quelques années et encourage nombre de jeunes combos à se lancer dans le milieu. Si
Loudblast avait lancé les bases,
Gojira ira à la conquête de l’international plus loin encore et se mettra la critique et le public de son côté. C’est avec
Terra Incognita que
Gojira sort son premier album, après un changement de nom (Godzilla au départ) et quelques démos ainsi que des lives remarqués.
Terra Incognita est la première césure du style
Gojira. Le groupe officiait en effet au préalable dans un Death Metal plutôt old-school malgré quelques idées originales (la démo Possessed). L’arrivée de ce premier album marque vraiment une différence des démos de départ. Plus dans la continuité de la dernière en date, Wisdom comes,
Terra Incognita porte en lui les bases du style des Landais, mais aussi leurs influences. L’album est fait de titres cultes tout d’abord. Le premier morceau déjà, « Clone », et sa violence viscérale, sur un thème peu exploité : le clonage et sa polémique. Le chant est Death mais ce n’est pas un Death bien rauque comme chez
Cannibal Corpse, non, c’est plus un chant Death à la
Morbid Angel. Et de
Morbid Angel on peut parler, tant leur influence est décelable dans l’album. De l’excellent « Lizard skin » avec ses riffs rampants à « Deliverance » et ses mélodies typiquement old-school, la patte Morbid est là. Bien heureusement, elle est largement dépassée.
Si les titres sont très Death Metal dans l’ensemble (« Clone », « Deliverance », « Fire is everything »), certains se détachent du lot par leur intérêt expérimental. L’étrange « Satan is a lawyer » par exemple, aux couplets limites chantés et à la fin très violente et organique ou encore toutes ces inteludes aussi barrées que magnifiques (« 04 » toute en basse), tribales («5988 Trillions de tonnes») et aliénantes (« 1990 Quatrillions de tonnes » et ses cris venus du monde entier). « Love », autre morceau culte de
Gojira, est également intriguante avec son entrée proche d’un
Neurosis et sa puissance extraordinaire. Certains arrangements apportent alors d’un seul coup du charle à des morceaux (« Rise » et sa fin où l’on semble entendre derrière les guitares des gens travaillant, reniflant…). Mais le summum est atteint sur la très expérimentale « In the Forest » qui nous emméne tantôt dans le défini (les couplets) tantôt dans l’incompréhension totale lors de ses passages instrumentaux, rappelant la folie d’un
Meshuggah.
Alors voilà, tout se rejoint, la thématique de l’album, la Terre inconnue, l’Homme qui se cherche et ne trouve pas sa place dans ce monde et la musique qui surprend sans cesse, comme si l’on découvrait de piste en piste une parcelle nouvelle de cette planéte. Absolument aérien dans le son, l’album a une dimension spatiale et est à la limite de l’humain et de l’inhumain. « Space Time » (encore un morceau culte !) est la plus représentative de cet aspect aérien : le titre est tout en harmonique et en lourdeur et sa fin nous ferait presque planer sur la Lune où la gravité n'existe quasiment pas. En revenant à la production, il faut noter que la puissance est là et que la lourdeur est omniprésente mais que cela se paye par une saturation parfois trop audible qui montre les limites du mixage de cet album. Tout dépend d’où vous l’écoutez en fait. En tout cas, la puissance est là.
Gojira, avec ce premier album, se détourne de ses origines old-school. En choisissant la voix de l’expérimentation, il fait de cet album un essai très hétérogène où l’ennui n’a pas d’emprise sur vous. Une première réussite malgrè des influences plus présentes que sur les prochains CD du groupe. Votre esprit ne s’en remettra pas et ce
Terra Incognita vous emmenera loin pour longtemps, pour peu que vous compreniez tous les aspects qu’il dégage.