Certaines œuvres marquent. Non seulement elles peuvent marquer une génération mais elles peuvent aussi marquer un groupe. Avec
From Mars to Sirius,
Gojira se faisait découvrir du plus grand nombre et son nom commençait véritablement à chatouiller l’ouïe de l’auditeur metal lambda. Au début
Gojira c’était l’underground : « Wah tu connais Godzilla ?! Putain ça péte grave ce truc, j’espère que ça va rester aussi énigmatique ! ». Seulement voilà, il y a des albums comme ça qui permettent à des groupes d’aller plus haut, de viser plus grand ; et si ça peut déranger le super metalleux des Landes chauvins de l’anciennement Godzilla, ba le reste non, et c’est le principal.
Finesse. C’est le premier mot qui peut venir à l’esprit du futur auditeur de cette galette. La pochette déjà. On savait les pochettes de
Gojira originale mais là c’est la consécration : cette baleine volante et cette planéte au loin, sur fond blanc, contraste totalement avec l’imagerie metal et fout d’entrée sur le cul, poussant à la curiosité typique de l’humain. Finesse artistique mais aussi finesse dans les thèmes. S’inspirant de la religion des Dorons, peuple d’Afrique croyant en une étoile capable de regénérer les planétes,
Gojira sort un album aux paroles écologiques et clairement engagées, marquant une coupure nette avec ce Death Metal archi stéréotypé.
Et de coupure il faut parler. Après The Link qui apparaissait comme l’album le plus spirituel jamais écrit par le groupe (et il l’est encore),
From Mars to Sirius se devait tout de même de changer la donne. En effet, la différence entre le monstre
Terra Incognita et l’organique The Link était énorme. Autant dire que
Gojira pouvait encore une fois surprendre. Et quelle surprise ! Dès les premières notes d’ « Ocean planet », on sent que
Gojira a changé, et évolué. C’est super mélodique et le chant a gagné en clarté, il se fait moins Death, plus guelé, plus personnel. Un morceau qui a le mérite d’ouvrir avec énormément de finesse ce
From Mars to Sirius. Et nous revoilà à reparler de finesse ! Mais que dire d’autre à l’écoute d’un « Unicorn », interlude à pleurer tant la douceur des mélodies de guitare (proches d’une comptine) se marie avec brio avec le chant des baleines ? Que penser de « From Mars », légère et aérienne, avec son chant fin et limite parlé ? Cet album surprend sans cesse et nous délivre encore une fois des titres cultes.
« Backbone » déjà. LE titre culte de la galette, même si ce n’est pas le meilleur. Un véritable hymne gojirien pachydermique et mélodique au possible. « Flying Whales » encore, qui réutilise le chant des baleines sur une mélodie de guitare répétitive, lancinante, jusqu’à une violence triste. Enfin, que dire de « The heaviest matter of the universe », morceau incroyablement puissant et original dans la musicalité.
Gojira utilise les harmoniques à foison, il en fait des merveilles de précision et d’émotion. Il alterne entre passages doucereux et rythmiques violentes mais toujours aussi mélodiques (« From the sky » et sa double pédale infernale ou « Flying Whales »). La précision technique est incroyable même si en deçà de The Link. Chaque morceau a une âme comme en témoigne le dyptique « From Mars/To Sirius », chaque morceau est une pierre à l’édifice, un but atteint vers la quête lancée par l’album. Une quête de spiritualité ;
Gojira parvient à l’exploit de conjuguer le Death Metal au planant psychédélique. Il atteint des hauteurs vertigineuses de musicalité.
De musicalité, mais aussi de production. Enfin un son très bon pour
Gojira ! Après le surmixé
Terra Incognita et le brouillon The Link, ce
From Mars to Sirius est une merveille sonore. Chaque note sonne d’enfer, la batterie claque et, chose notable, la basse est très présente, autre démarcation du Death metal traditionnel. Le son apporte alors clairement l’émotion désirée et donne à l’album un souffle de vitalité incroyable. C’est chaud, c’est humain mais aussi divin, le chant des baleines nous berce, les guitares, les rythmiques, malgrè une puissance non négligeable, n’arrachent pas les oreilles et ce chant bon sang ! Le chant a évolué vraiment, et il apporte énormément à l’opus, Joe hurle mélodique, il chante mélodique, il grawl mélodique. On hallucine vraiment.
Tant de choses sont à dire sur ce
From Mars to Sirius qu’il n’est pas possible de les résumer ici. Il apparaît essentiel d’aller soi-même se faire un avis sur cette œuvre magistrale et culte des français qui marquera leur carrière à l’avenir.
From Mars to Sirius c’est la deuxième césure d’avec leur style de départ. Plus aérien, plus mélodique, plus doux mais souvent plus violent que ses prédecesseurs, cet album est véritablement l’album de la maturité pour le groupe. Et en trois albums, autant dire que l’exploit est grand.
Gojira s’est écarté de ses influences et signe un troisième essai plus personnel, où chaque titre vous fera vivre une multitude d’émotions. Un incontournable du metal tout simplement.