Il aura fallu attendre six ans pour se mettre un nouvel album d'
Ozzy Osbourne dans les oreilles. Six ans se sont écoulés depuis un Ozzmosis décevant, un retour sur le devant de la scène, une résurrection ratée de la part d'un des plus grands frontmen du genre. De l'eau a eu le temps de couler sous les ponts entre temps... Ozzy a fait rêver de nombreux kids en chantant avec
Black Sabbath entre les deux disques et mieux, un nouveau LP était annoncé. Un fantasme était sur le point de se réaliser, celui de revoir la formation originale et mythique du Sab' publier enfin un successeur digne de ce nom à Sabotage, tous les skeuds sortis depuis ne comptant subitement plus.
Et non. Le disque de
Black Sabbath ne venait pas. En lieu et place, comme un lot de consolation, arrivait
Down To Earth. Ozzy avouait même à demi-mot que sans le forcing de la maison de disque, il n'y aurait pas eu ce nouvel album.
Osbourne a toujours aimé faire des pochettes volontairement kitsch, au second degré affirmé, mais cherchant toujours à évoquer un thème du fantastique ou des arts occultes. On se souvient bien sûr du dément qui n'est pas sans évoquer Mr Hyde sur
Diary Of A Madman ou le loup-garou (très réussi) de
Bark At The Moon. Cette fois-ci, Ozzy offre un visuel très complet. Son corps passé sous rayon X avec ses tatouages mis en évidence. Et en regardant un peu le (maigre livret), on s'aperçoit qu'il fait référence à Nosferatu. Bref, pas de grandes surprises de ce côté là. Un rapide coup d'œil aux crédits met deux choses en avant : premièrement, il a réuni une équipe de tueur avec l'indéboulonnable
Zakk Wylde à la guitare,
Robert Trujillo (ex
Suicidal Tendencies, Infectious Groove et futur
Metallica) à la basse et
Mike Bordin (ex Faith No More]] à la batterie. Ensuite, on remarque que Wylde n'a pas participé à la composition. On se souvient alors qu'il avait quitté le groupe après Ozzmosis, remplacé par
Joe Holmes qui a signé quelques musiques.
Et comme on peut s'y attendre, l'ensemble peut paraitre un peu décousu. Wylde se réapproprie ce qui a été composé, mais le son de sa guitare, s'il est plutôt heavy, est également très paresseux. Il se traîne nonchalamment sur des mid tempos pas toujours très entraînants. L'ensemble manque clairement de puissance et ce que l'ensemble gagne en mélodie, il le perd au double au niveau de l'efficacité. Même la section rythmique parait sous-exploitée au regard du curriculum vitae des protagonistes. On avait connu une batterie plus claquante, une basse plus provocante par le passé.
Bref, on se retrouve dans une espèce de continuité de Ozzmosis. Les morceaux se traînent volontiers, attendant le bon moment pour se révéler un peu plus. Ozzy n'est pas devenu introspectif pour autant, non. Il a levé le pied. A plus de cinquante ans, il ne veut plus, ou ne peut plus se donner comme à ses débuts, où les psychotropes lui donnaient de l'élan et une touche de folie qui fait ici défaut. L'homme fait d'ailleurs ressortir son amour pour les Beatles sur les ballades de l'album en utilisant des
textures de chanson chères aux p'tits gars de Liverpool, des intros très posées où il enchaîne directement avec le chant. Ozzy, s'il apparait diminué physiquement, n'a toutefois pas perdu de son charisme. Sa voix est toujours aussi particulière, nasillarde à souhait et tout de suite reconnaissable. L'homme chante bien, très bien même. Il ne force pas, il se contente de faire son job et il le fait avec application. Certainement le point positif de ce disque.
Ensuite, les limites du jeu de Wylde avec Ozzy deviennent à chaque fois un peu plus flagrantes. On se souvient de ses débuts furieux, on se remémore avec nostalgie sa fougue sur l'excellent
No More Tears et on peut soupirer devant un album qui tente de toucher cette patine du passé mais qui ne fait que la frôler, sans en capter l'essence première : la diversité, la folie, le fun. Et
Down To Earth souffre tout du long de ces lacunes. Il n'y a rien de vraiment transcendant, quelques morceaux ça et là qui tirent très bien leur épingle du jeu car taillés pour la scène (
Alive, plus speedé que l'ensemble, ou
Gets Me Through qui assomme l'auditeur d'entrée de jeu). Mais est-ce suffisant pour s'en tirer sans dommage ?
Down To Earth est un album figé dans sa mollesse. Un disque de plus pour
Ozzy Osbourne, mais qui annonce le déclin du Madman. Et ça, c'est moche. On sait qu'Ozzy n'est pas immortel et ce disque prend des allures de faire-part de décès. Un opus qui vieillit mal et qui ne tiendra pas la comparaison avec
Black Rain, tout aussi flemmard, sorti... six ans plus tard.