La retraite d'Ozzy n'aura pas duré très longtemps, puisque l'on retrouve le Madman sur album en 1995, quatre ans après un
No More Tears de toute beauté. On ne sait pas qui parle entre Sharon (sa femme) et Ozzy quand il est dit qu'il est hors de question de s'arrêter, la manageuse qui voit l'argent ou le mec qui ne sait pas quoi faire de ses journées maintenant qu'il est débarrassé de ses addictions diverses.
Bref, l'idée de départ était de faire un
No More Tears Part II, ou "la Revanche du retraité barjot". Sept morceaux étaient même quasiment finalisés par
Michael Wagener (
Skid Row,
Helloween...) quand la maison de disque, Epic, a mis le hola. Elle avait une autre idée derrière la tête, une idée absurde en fait. Si déjà refaire un album n'a pas grand intérêt, faire emprunter un autre style à Ozzy s'apparente à du n'importe quoi. Parce qu'en 1994, les Dieux du metal n'étaient pas
Megadeth avec
A Tout Le Monde (qui a pourtant assez bien fonctionné sur le marché français), mais Soundgarden avec le titre
Black Hole Sun qui avait propulsé les ventes de Superunknown aux sommets. Bref, il a été demandé à Ozzy de se faire grunge. Et si lui n'a pas dit oui, Sharon s'est chargée de le faire à sa place, même si cette dernière était malade (notons qu'il a pu dire oui également parce qu'il ne savait pas quoi faire...).
Et Ozzmosis sort un jour d'octobre 1995 avec sa pochette un peu spéciale, loin de la classe de
No More Tears. Et n'y allons pas par quatre chemin, Ozzmosis est mal barré à devoir succéder à un tel chef-d'oeuvre. Surtout que très vite, il n'est pas difficile de se rendre compte que ce disque est loin d'avoir les épaules nécessaires pour le seulement y songer.
Cet album aura au moins le mérite de nous y avoir fait croire, sur une bonne dizaine de minutes, soit les deux premiers morceaux.
Perry Mason est un excellent titre, heavy et organique, où la guitare se traîne, d'apparence mollassonne. En réalité, elle est aux aguets, prête à surgir pour déchirer les chairs. Le solo de
Zakk Wylde est d'ailleurs remarquable. Puis il y a la ballade
I Just Want You, calme, sans trop de surprises mais bien foutue. Et quelques passages bien motivant, comme ce
My Jekyll Doesn't Hide qui ressemble à un parpaing dans la face.
Ensuite...
Même si l'on retrouve
Geezer Butler à la basse et un intérimaire de luxe à la batterie en la personne de
Deen Castronovo (qui a joué entre autre avec Bad English, Hardline, Cacophony et Marty Friedman...), ça ne suffit pas à donner de la vitalité à l'ensemble. Ozzmosis s'enfonce rapidement dans une fange heavy. C'est lourd, dans les deux sens du terme. La guitare se fait pesante, mais elle est vite dénuée de puissance, pour simplement être écrasante. La section rythmique est pachydermique, tout en mid tempo, l'ensemble peine à décoller. La voix d'Ozzy est bonne en revanche, même si parfois le producteur,
Michael Beinhorn, a trop usé de la réverbération dessus, la rendant irritante (
Tomorrow).
Certains seront fascinés par le côté très heavy de l'ensemble. D'autres détesteront pour les mêmes raisons. Il est quand même triste d'écouter
Thunder Underground, morceau au titre prometteur, qui se traîne sur plus de six minutes sans qu'un riff acéré ne vienne illuminer le tout, il est désolant de voir que
Lemmy Kilmister et
Steve Vai soient crédités pour un résultat en-deça de ce que l'on pouvait attendre de ces pointures (la version aseptisée de
See You On The Other Side pour le leader de
Motörhead,
My Little Man édifiante de niaiserie pour le guitariste survolté). Chacun aura son avis sur ces titres ; cette chronique en est, après tout, un parmi tant d'autres.
Ozzmosis, c'est un peu l'album qui aurait du être sévèrement burné pour faire concurrence à
No More Tears. Mais la loi du marketing sauvage des maisons de disque en a voulu autrement. Plutôt que de laisser un artiste s'exprimer il a fallu qu'on lui donne une ligne de conduite. Comme si ce disque n'était qu'une commande et pas une oeuvre personnelle. Et là, Ozzy paye un tribut assez cher. Ozzmosis marquera en effet le début du déclin du Madman, surtout que Wylde refusera de l'accompagner sur scène pour la tournée qui s'ensuivit...