Décrire simplement la musique de
Between The Buried And Me n'est pas facile. Mélange subtil de metal prog, de hard core technique, de pop... Il est facile de s'y perdre, d'autant plus que ce Silent Circus est loin d'être parfait, et surtout accessible. Mais passer à côté serait terriblement dommage.
Le début du disque est révélateur. Compliqué, torturé, violent et tordu, voilà comment on pourrait le qualifier. Il y a des passages extrêmement surprenant et jouissifs, comme sur Coulrophobia où on en viendrait presque à frapper dans ses mains un court instant (!), mais l'impression d'avoir affaire à un collage de riff sans beaucoup d'âme se fait parfois ressentir aussi. La violence de la musique est intact, mais on peut décrocher face à tant de breaks, de changements rythmiques, de volte-faces...
Et c'est dommage. Car passé ce complexe mur, qu'il faudra digérer, appréhender, il y a des merveilles pêchues où folie, brutalité et émotion s'entremêlent magnifiquement. Mordecai illustre parfaitement cela: brutale au départ, elle s'oriente vers une pop progressive magnifique, pour reprendre de sa puissance. Les performances du batteur et du chanteur sont à souligner tout particulièrement sur cette chanson. La batterie se fait violente, pour s'effacer, faire tourner des rythmiques presque jazzy, et ensuite revenir à la double pédale, mais sans excès, sans démesure.
BTBAM créée ensuite un genre de parenthèse, aérienne et maîtrisé. L'espace de quelques chansons, ils nous délivrent toute la poésie dont ils sont capables. Et ce n'est pas une justification, ou un caprice: c'est bien amené, et bien fait. Du travail de pro. Il est loin, le cliché du coreux tout en muscle et en tatouage, qui se bat dans les moshpits, ou celui du metalhead crachant sur "tout ce qui fait tarlouze". Là, il s'agit juste de faire se succéder des passages pures et calmes, à toute la violence de la tempête qui précède l'arc-en-ciel.
Et pourtant cela ne s'arrête pas là. Lorsqu'il s'agit de refaire partir la sauce, le groupe est là. La seconde partie de ce disque revient d'ailleurs au discours brutal du début, mais de façon plus claire, moins bordélique, et plus puissante. La fin de
Destruction Spin, par exemple, est une forte cavalcade, maîtrisée et grandiose. Les compositions à tiroirs, presque indigeste, comme Anablephobia, sont ici un peu clarifiés et partent moins dans tous les sens. On y gagne en accessibilité, mais les opus suivants du groupe seront moins hermétiques encore, sans que ce soit un mal.
Il faut donc rentrer dans
The Silent Circus. Mais après quelques écoutes, les vrais trésors se révèlent, et le disque perd de son côté rebutant et difficile d'accès. En voulant faire subtil et secret, les Américains de BTBAM n'ont pas fait dans la clarté, ni dans la concision, mais heureusement, d'opus en opus ils iront en s'améliorant.