Même si ce disque n'est sorti qu'en 1979, il est le premier véritable album de
Motörhead, enregistré en 1975. A cette époque, le groupe était composé de
Lemmy Kilmister à la basse et au chant, de
Larry Wallis (ex
The Pink Fairies) à la guitare et au chant, ainsi que de
Lucas Fox à la batterie, rapidement remplacé par
Phil Taylor. Lemmy vient de se faire jeter de
Hawkwind pour ne pas avoir réussi à passer la frontière canadienne en possession de drogue et il monte rapidement un groupe destiné à jouer du rock gras et puissant. Il signe un deal avec United Artists, mais le label se montre réticent au moment de sortir l'album :
Motörhead a été sacré plus mauvais groupe live après une première partie catastrophique pour
Blue Öyster Cult. Du coup, il fallait que le groupe gagne en notoriété avant que ce disque ne voit le jour.
Du coup, l'album ne sortira que quatre ans plus tard et
Motörhead sera alors en pleine gloire, signé sur un autre label. Les joies du business.
Mais quand on se penche sur ce On Parole, on s'aperçoit que le rendu est très bâtard. Et cela tombe bien, Bastard était le premier nom de
Motörhead. Plus sérieusement, si on assiste à la naissance du style
Motörhead avec le titre éponyme, véritable hymne pour le groupe où la messe est dite en moins de trois minutes, on découvre que le groupe aurait pu prendre des directions bien différentes si Lemmy n'avait pas fait quelques choix drastiques en ce début de carrière. Certains morceaux sont des récupérations de Hawkwind, comme
The Watcher, ici passé à l'électrique, d'autres proviennent de The Pink Fairies, importés par Wallis.
Et force est de constater que ce sont deux mondes qui se heurtent. Lemmy est un rockeur qui aime le son gras et qui apprécie les compositions directes, tandis que Wallis joue un rock'n'roll plus sage, plus léger. C'est d'autant plus frappant lorsque le guitariste chante (
Vibrators,
Fools), le manque de puissance est alors palpable.
Motörhead n'est pas encore une machine de guerre en 1975. Il est constamment entre deux eaux, un rock'n'roll solide et burné à l'instar d'un MC5 d'un côté, un rock'n'roll psychédélique et sans grande envergure de l'autre. Ceux qui s'essayent à ce disque en connaissant déjà les classiques du combo risquent d'être surpris car il correspond à une époque où le groupe était encore en gestation, où rien n'était pleinement défini.
On Parole n'aurait peut-être pas eu une grande répercussion s'il était sorti initialement en 1975. Il est évident qu'en 1979, il a pris une dimension historique même s'il n'est clairement pas du niveau d'un
Overkill ou d'un Bomber.
Motörhead était alors un monstre en devenir (la pochette originale n'était pas orné de la tête de la créature), mais personne ne le savait encore, peut-être même pas Lemmy. Ce dernier, écœuré par le geste de United Artists, ira signer un deal avec Bronze Recording, où la carrière du groupe prendra un essor inattendu. Et ce, grâce à une recrue venue appuyer Larry Wallis à la guitare, un certain
Eddie Clarke...