Après un premier album salué par le public allemand, toujours friand de ce type de heavy metal,
Primal Fear décide de passer la vitesse supérieure. Là où l'on pouvait s'attendre à une accélération fulgurante, le groupe surprend son monde en décidant d'embrayer doucement et, même, de ralentir.
Jaws Of Death est un album de heavy metal dans le sens premier du terme : lourd, mais jamais pesant. L'arrivée de
Stefan Leibing à la deuxième guitare ne donnera pas lieu à une surenchère de riffs speed, dans la plus pure tradition des
Helloween et autres
Gamma Ray. Quelque part, tant mieux,
Primal Fear parvient à surprendre et à éveiller l'intérêt. Parce que le combo teuton, comparé trop aisément à
Judas Priest, fait taire les critiques en s'affranchissant de l'image qu'il s'était lui-même dessiné sur son album éponyme.
Et il est vrai que
Final Embrace vient tout de suite briser les arguments de ceux qui allaient se délecter à enfoncer le groupe. Mid tempo maîtrisé, au refrain guidé par une mélodie bien trouvée, où
Ralf Scheepers se met parfaitement en évidence, appuyé par une batterie massive et, hélas ! trop répétitive et sans trop d'imagination. Ce problème de batterie où
Klaus Sperling se contente d'envoyer la sauce avec une double pédale prédominante se répètera malencontreusement tout au long de l'album et nuira grandement au côté mélodique que le groupe semblait vouloir mettre en avant.
Car
Primal Fear essaye de la jouer finement, enfin dans le sens teuton du terme. Il reprend une partie de la formule du premier album, à savoir des refrains simples et efficaces, parfois gentiment gnangnan, mais emmenés par des guitares furieuses et un chanteur fabuleux. On retiendra la simili-ballade
Under Your Spell, dominé par la finesse de jeu des guitaristes, ou encore le sévère
Church Of Blood qui ne fait pas dans le détail. Le groupe semble avoir trouvé un son qui lui convient avec cet alignement de titres puissants et lourds, qui ne vont pas se perdre dans des speederies stériles (
Formula One, sur le premier album, était bien gentil, mais elle n'apportait pas grand chose de neuf à l'ensemble).
Le groupe s'attarde une fois de plus sur une reprise. Si musicalement, on trouve toujours des similitudes avec
Judas Priest (
Save A Prayer aurait pu être signée Tipton/Downing),
Primal fear a l'intelligence de ne pas s'attaquer à la bande à
Rob Halford et rend une fois de plus hommage à Ritchie Blackmore, cette fois-ci par le biais du
Kill The King de
Rainbow, un des seuls moments fast de l'album, où Scheepers a la délicatesse de ne pas singer Ronnie James
Dio.
Jaws Of Death est un pas en avant pour
Primal Fear. Malgré quelques refrains trop banals (
Nation in Fear...) et une batterie qui finit par devenir ennuyeuse, le groupe s'en sort plutôt très bien de bout en bout. Ralf Scheepers prouve qu'il a trouvé sa voie, après
Gamma Ray et sans
Judas Priest, et le groupe se place dans une excellente dynamique avec un très bon album.
(1) Pas Willis, bien sûr. Mais l'équipe de Spielberg avait surnommé le requin des Dents de la Mer - Jaws - Bruce, histoire de ne pas appeler la maquette "le truc qui fait chier à manoeuvrer".