Avec la pochette de son premier album dans le plus pur style documentaire animalier, personne ne pensait que
Guano Apes pouvait être encore plus décalé dans son esthétique. Et pourtant, la bestiole qui croise votre regard sur la pochette, avec ses yeux à facettes, est pas mal dans son genre. Mais à force de jouer sur le second degré, il faut veiller à ne pas faire fuir le metalleux en devenant inabordable.
Pour cela,
Guano Apes trouve une parade lumineuse en balançant un single simple et efficace, accompagné d'un clip über sautillant :
Big In Japan. Autant le dire tout de suite : les permanentes des gars d'Alphaville ont dû se défriser toutes seules quand cette version de leur classique leur est parvenu aux oreilles. C'est plus qu'un simple lifting, le groupe a su complètement se l'approprier et en faire un de ses classiques. Un peu moins de trois minutes de pur bonheur. Et en plus, la chanson est efficace, ce qui ne gâche rien.
Mais un single n'a jamais fait la qualité d'un album.
Guano Apes était-il capable de garder le cap après un premier album qui avait très bien marché outre-Rhin ? Ce
Don't Give Me Names est la suite logique de
Proud Like A God. Outre une excellente production signée
Wolgang Stach, on retrouve le sens de la mélodie du combo teuton, sa capacité à s'inspirer du hip hop ou de la funk pour donner un rendu chaleureux à ses compositions, avec une
Sandra Nasic très en voix, délivrant un panel d'émotions varié. Elle chante avec force et conviction sur la belle ballade
Living In A Lie, passe d'un chant calme et posé à une hargne évidente sur
Big In Japan, se fait plus festive sur
Dödel Up... Le disque n'est pas forcément très homogène, mais c'est ce qui fait le charme de
Guano Apes, cette envie d'être en adéquation avec les différences de goût des musiciens, de varier les plaisirs.
On peut parfois reprocher au groupe de faire des ballades pour assurer des singles faciles et rentables, s'attachant à ses basques une partie du public hip hop qui pourrait se reconnaitre sur certains passages. Ce n'est pas le cas : seul
Living In A Lie aura bénéficié d'un clip et il s'agira juste du troisième et dernier extrait de l'album à passer sur les ondes. Cependant, il est vrai que la fin de l'album se traîne avec des compositions plus faibles, moins explosives que sur la première moitié, en tout point exceptionnelle.
La fusion de
Guano Apes est légère ; le discours n'est pas le même que celui de
Rage Against The Machine, le groupe peut se permettre quelques fantaisies. Le côté metal est toutefois très présent et dans ce domaine, ces Allemands savent y faire.
Don't Give Me Names a un goût de revenez-y prononcé et près de dix ans plus tard, il reste toujours aussi sympathiquement bondissant et rafraichissant. Le meilleur du groupe, assurément.