En 1998,
Markus Grosskopf est connu pour être le sympathique bassiste des Citrouilles teutonnes d'
Helloween, jamais avare en paroles et conscient que son groupe de toujours a failli sombrer corps et âme. Ses talents de compositeurs, quant à eux, ne sont pas mis en avant. On a découvert son style sur l'album
Pink Bubbles Go Ape où
I'm Doin' Fine Crazy Man a fait grincer plus d'une mâchoire, et on comprend presque que
Michael Weikath cantonne la plupart des morceaux du bassiste jovial aux faces B de single, malgré quelques titres potentiellement intéressants.
Aussi, savoir qu'il allait profiter de l'année 1999 pour faire comme ses copains
Andi Deris,
Roland Grapow et
Uli Kusch, sortir un album solo, avait de quoi laisser songeur. A quelle sauce le bassiste allait-il nous manger ? Allait-il faire ressortir son background punk ? Allait-il proposer du
Helloween bis ?
Shockmachine est né en réalité d'un projet de Grosskopf, alors appelé Mr Prooster, monté avec des amis en 1990, tandis que
Helloween connaissait des démêlés juridiques. Le combo change de nom peu de temps avant la parution de l'album et s'articule autour de Grosskopf,
Olly Lugosi au chant,
Rolly Feldmann (Weinhold) à la guitare et de Uli Kusch à la batterie. Bref, au moins trois personnes d'expérience dans le line-up.
Et pourtant, cet album ne décolle jamais vraiment. Et c'en est frustrant. Parce que l'optique était de jouer un heavy metal carré, à l'allemande donc, forcément inspiré par la Citrouille de Hambourg, mais le rouage est grippé, quelque chose ne passe pas. Serait-ce la voix de Lugosi qui part déjà avec le lourd handicap de porter le nom d'un acteur qui en imposait ? Son chant passe-partout, sans originalité ni grand relief, coincé dans un style défini et n'en bougeant quasiment jamais ? La musique en elle-même serait-elle à blâmer ? Certainement, cet assemblage de riffs archi-entendus ne peut pas être pleinement séduisant. Les fans d'
Helloween ne trouveront pas ça assez rapide, ceux qui aiment tout simplement le heavy metal ne trouveront pas l'ensemble franchement classieux, encore moins recherché. Il est vrai que pour le côté innovation, ce style précis n'a jamais été très à la pointe, se contentant de rabâcher une formule qui a fait ses preuves (cf encore une fois
Helloween, véritable mètre-étalon dans ce domaine).
Bien sûr, tout n'est pas à jeter. Certains morceaux font illusion, comme les sympathiques
Careless Cries et
Searching For Love d'un classicisme sans faille, ou encore la balade
When Dreams Decay qui pourrait permettre d'emballer à un bal populaire à Trifouillis-Les-Oies. On retiendra ça et là un solo. Mais que ces 48 minutes peuvent sembler longues !
Ce que l'on reprochera le plus à Markus Grosskopf, principal artisan de ce ratage, c'est d'avoir fait du
Helloween sans avoir réussi à en tirer toute la substance, la force, la verve et de laisser un encéphalogramme plat quasiment tout du long. La déception est au rendez-vous. On en voudrait presque à Uli Kusch de ne pas avoir composé un petit truc solide et incisif pour relever le tout, lui qui n'offre même pas un jeu exceptionnel à l'ensemble. Un immense gâchis, orchestré par une pointure du genre. Effrayant.