Il y a des groupes qui ne font pas beaucoup parler d'eux et qui pourtant parviennent à illuminer la scène metal à presque chaque album, discrètement, mais avec classe, souffrant souvent d'un manque de communication ou, malheureusement, signés sur des labels qui ne savent pas les bosser.
Primordial est l'un de ces groupes, un combo actif depuis plus de vingt ans, et l'un des pionniers de la scène pagan. Après un premier album salué timidement par la critique, les Irlandais proposent ce nouvel opus,
A Journey's End, en 1998.
Ce qui frappe tout de suite avec un tel album, c'est la qualité d'écriture et surtout, l'aptitude des musiciens à marier plusieurs genres au sein d'une seule et même chanson. On peut ainsi voir se côtoyer des riffs hérités du black metal et des passages plus lourds, qui ralentissent le tempo et que l'on pourrait assimiler au doom, sans oublier des touches folk évidentes mais jamais racoleuses. A ce titre,
Autumn's Ablaze est un petit chef d'oeuvre, propulsé par un départ fulgurant et malsain avant de combler tout l'espace sonore. Et quand
A. Nemtheanga Averill chante de sa voix claire, on pense tout de suite à
Vincent Cavanagh à ses débuts dans
Anathema, ou à
Aaron Stainthorpe (
My Dying Bride). Et surtout, on est pris à la gorge par le désespoir que semble véhiculer le chanteur, une mélancolie sombre, chargée de l'histoire de son pays. On le ressent, on ferme les yeux et on savoure ces huit minutes magistrales. Une leçon de metal, assurément.
Evidemment,
Primordial se déploie d'une façon monotone, mais de cette monotonie, il tire une force évocatrice, étrangement épique, salutaire. Le chant est très espacé, ce qui permet à l'auditeur de rester seul avec la musique, pour se laisser submerger par la myriade d'émotions qu'elle véhicule. Encore une fois, on peut faire un parallèle avec l'ancien
Anathema, celui qui se complaisait dans de longues épopées doom, même si le discours de
Primordial se veut plus agressif, plus mordant.
Puis il y a ces compositions acoustiques qui viennent offrir un contraste saisissant, à donner le frisson. Impossible de rester de marbre face à l'envolée lyrique et folk de
Dark Song, dont les paroles sont de Amergin Glungel, un ancien poète païen d'Irlande. Très peu d'instruments suffisent pour vous prendre aux tripes. Il n'y a jamais de montée en puissance, sauf quand la mélodie s'installe réellement, juste une force tranquille. C'est beau, tout simplement beau.
Avec
A Journey's End,
Primordial gagne en force, en pertinence. Peut-être pas l'album le plus violent de la discographie de ces Irlandais en manque de reconnaissance, mais l'un des plus réussis et au risque de le répéter, l'un des plus beaux. Si vous appréciez le
Anathema de
The Silent Enigma, nul doute que vous tomberez amoureux de cet album également, même si les propos ne sont pas tout à fait les mêmes et que le style diffère quelque peu. Si vous ne connaissez pas
Primordial, laissez-vous séduire par cet opus, relativement facile d'accès.