Si les USA ont assisté, émerveillés, à la naissance du thrash avec
Metallica et
Slayer, l'Europe suivant un peu plus tard avec les frasques de
Destruction et de
Kreator, le Canada s'est lui aussi lancé très vite dans la course, avec un des fleurons du genre,
Voivod. Formé à La Jonquière, au Québec, en 1982, le groupe se fait rapidement remarquer par Brian Slagel, le patron du jeune label Metal Blade, qui les signe. De cette union naitra le premier opus de
Voivod, War And
Pain.
Voivod, au début, n'est pas très différent des groupes qui ont inspiré le mouvement thrash. On retrouve l'urgence du punk ainsi qu'un style plus roots, hérité de
Motörhead pour le fond et de
Venom pour la forme. C'est sale, le son est très brouillon. La guitare de Piggy D'Amour se fait volontiers dissonante, le chant est écorché, rugueux. Derrière, la section rythmique ne fait pas semblant, elle tabasse sans discontinuer. La production est bruitiste, elle contribue au chaos développé par les quatre musiciens. Et surtout, il y a une bonne dose de violence derrière tout ça, pour l'époque s'entend.
Mais là où
Voivod se démarque de la concurrence, c'est qu'il dispose d'un concept qui sera travaillé sur un bon paquet d'albums. Son secret, c'est le
Voivod, justement. Ce vampire robotique qui a vu sa renaissance s'accomplir suite à un conflit nucléaire. Les chansons racontent son monde, son univers. C'est froid, glacial. Toutes les illustrations, nées du pinceau dégénéré de
Away (Michel Langevin), ont un rapport avec cet être dangereux ; Langevin est d'ailleurs l'auteur du concept dans sa globalité. Et cet album est du coup en parfaite adéquation avec sa créature : rarement on aura eu l'impression si nette de traverser un monde post apocalyptique, entouré de ruines, de dangers, de nécrophages tapis dans l'ombre, attendant qu'un être succombe à cause des radiations...
Voivod est nihiliste et ses compositions sont nucléaires.
Le début de l'album est tout simplement fracassant.
Voivod,
Warriors Of Ice... le groupe ne fait pas semblant. La violence n'est pas juste sous-jacente, elle est bien présente, que ce soit dans les lignes de guitares ou dans le chant de
Snake, venimeux à souhait. Le rythme est enlevé, les soli sont fulgurants. Et bien sûr, ça fait mal, très mal. Plus loin,
Blower est un nouveau matraquage en règle avec sa
furia punk, tandis que
Nuclear War clôt les hostilités avec une accélération finale qui laisse l'auditeur groogy.
Cet album pourrait être la bande son du chaos. Volontiers rock'n'roll dans l'esprit, le thrash des Canadiens n'en est pas vraiment, pas tout à fait. Parfois,
Voivod s'emballe dans un élan de fougue et se contente de balancer la sauce sans vraiment se renouveler. Alors, ça se transforme en une masse de riffs sans grandes nouveautés, presque convenus. Sans oublier une prod trop malsaine pour rendre tout à fait hommage à l'ensemble. Le terreau est là, fertile ; nul ne sait encore ce qui peut sortir de cette tombe.
Avec ce premier album,
Voivod commence déjà à écrire sa légende. War And
Pain souffre de ses carences, mais il laisse entrevoir un potentiel énorme, qui tardera à éclore complètement et qui, une fois en place, condamnera le groupe à rester dans l'ombre, voué à être culte pour les poignées de fous assez inconscients pour livrer leurs âmes au terrible
Voivod. Un premier album prometteur et déjà effrayant.
A noter que Metal Blade, qui sait faire les choses bien, a réédité cet album en 2004 avec du bonus à gogo : démos rares, concert de 1984 au son plutôt pourri où l'on sent toute la jeunesse du groupe, mais à l'intérêt historique indiscutable, ainsi qu'un disque de goodies comme des photos d'archives, des fonds d'écrans et autres conneries du genre. Soit en tout, pas moins de deux heures vingt de musique pour une somme plutôt modique.