La logique aurait voulu que
Ozzy Osbourne sorte un album live avec
Jack E. Lee à la guitare, pour suivre le très bon
The Ultimate Sin. Mais cinq ans après le décès tragique du surdoué
Randy Rhoads, Ozzy préfère publier cet album avec le nom de son jeune ami en grand, avec pour titre
Tribute. Hommage. Parce que Randy avait permis à Ozzy de remonter la pente et de livrer au petit monde du heavy metal un album fantastique avec
Blizzard Of Ozz, parce que Randy était un ami.
Cet album live n'est pas un concert entier, les prises ont été diverses, entre 1980 et 1981. Quand on met le disque dans son lecteur, on se retrouve d'abord face à Carmina Burana de
Carl Orff, une introduction tellement typique dans le monde du metal que cela devient forcément cliché. Mais tout de suite après, le riff éclatant de
I Don't Know vient mettre tout le monde d'accord : ça va être du lourd, du très lourd même. Ozzy est en grande forme, sa voix particulière fait mouche, mais la guitare attire également l'oreille. Incisive, puissante, un jeu technique et varié, qui n'oublie pas la mélodie, un solo grandiose. Un hymne, un classique du heavy metal sublimé par l'exercice live. La set list veut que ce marteau-pilon soit couplé au terrible
Crazy Train, autre prouesse guitaristique, autre grand morceau. Ce titre servira d'ailleurs de single pour promouvoir l'album.
En deux morceaux, la messe semble déjà dite. Et pourtant, après un
Believer tiré de
Diary Of A Madman, pesant, terriblement heavy, Ozzy nous crucifie une fois de plus avec le presque gothique
Mr Crowley dont l'introduction donne toujours autant de frissons. Encore une fois, les musiciens sont bien en place, Rhoads livre une très bonne partition et marque cet enregistrement de sa classe.
Bizarrement, il n'y aura que deux morceaux de
Diary Of A Madman. Outre
Believer, on notera donc la présence de
Flying High Again. En revanche, le premier opus sera interprété en intégralité, à l'exception de
Dee que l'on retrouve en version allongée en fin de disque, dans les conditions du studio. On remarque alors que même les titres qui semblent faibles sur album (
No Bone Movies,
Steal Away (The Night)) gagnent en puissance et viennent nous rappeler que le premier méfait solo du Madman était certainement le meilleur, le plus frais, le plus varié et original, et que Randy Rhoads avait su l'imprégner de son style, fluide et énergique.
Au fil des écoutes, on remarque également que le jeune prodige savait également parfaitement s'approprier le répertoire de
Black Sabbath, avec une force de conviction rare. La triplette sabbathienne (composée de
Iron Man,
Children Of The Grave et de
Paranoid vient offrir une parenthèse bien agréable où l'on révise ses bases. Car après tout, Ozzy fut le premier vrai chanteur de heavy metal, dans sa forme la plus pure, tel Aphrodite Sortant des Eaux (euh ouais, une Aphrodite pas très jojo à voir et bien allumée...) et c'est presque un passage obligé pour chaque concert, cette piqûre de rappel pour les plus jeunes d'entre nous.
Cet album live est donc très particulier et émouvant en tant qu'hommage à Randy Rhoads. On comprend à quel point ce jeune guitariste fut essentiel au succès de la carrière solo de Ozzy et surtout, à quel point il manque au Madman et à la musique en général. Du coup, ce disque est tout simplement un des enregistrements en public à posséder absolument quand on est un metalleux qui se respecte. Un des grands albums live, l'un des essentiels des années 80.