Après un passage fort remarqué chez
Steve Vai sur l'album
Sex & Religion,
Devin Townsend est vraiment remonté contre le music-business et le fait savoir. Malgré sa réputation plus que flatteuse (certains avaient déjà reniflé le talent du jeune homme), le jeune homme se heurte à pas mal de refus avant d'être signé par
Century Media. Il faut dire, la musique haineuse qu'il propose, faite d'un mélange de thrash et beaucoup d'indus était relativement inédite, même si le death connaissait une radicalisation du son via Deicide ou
Morbid Angel et que la scène black explosait littéralement dans les pays scandinaves.
Même si
Strapping Young Lad, le projet de Townsend, n'est pas le seul pilier de l'hyper-brutalité nord-américaine, il n'en demeure pas moins une des figures les plus incontrôlables. Sa musique se teinte d'une forme d'hystérie proche de la démence, où la rage est prédominante. Devin se charge de tout enregistrer, aidé de temps en temps par des amis musiciens, pour un résultat violent, mêlant des compositions indus classiques (
Goat, très moyen,
Skin Me bien plus réussi...) et de véritables déferlantes qui ressemblent furieusement à des règlements de compte (
SYL ou encore le très rapide
Happy Camper).
Effectivement, la baffe est magistrale. On ne sort pas indemne d'un tel album, entre agressivité et folie, une ambiance mise en avant par des hurlements effroyables ou des compositions complètement allumées comme
Cod Metal King, au chant extrême, limite death. La plus grande difficulté pour l'auditeur est de trouver une planche de salut au milieu de ce magma sonore. On déguste du début à la fin, même si on est encore loin de l'apocalypse ; Townsend fera bien plus puissant par la suite. Malheureusement, l'ensemble souffre d'être trop étouffant, hermétique, en définitive pas assez inventif ni forcément très bien écrit. Il manque une certaine musicalité et on perd en plaisir d'écoute, sauf si l'on cherche juste à se décérébrer un bon coup.
Prises individuellement, certaines compositions sont terriblement efficaces. Il y a évidemment les deux dômes de brutalité que sont
SYL et
Happy Camper, mais également cet
Exciter qui fait office à l'origine de chanson bonus, cover ultra rapide et hallucinante du classique de
Judas Priest, ici en version "faux live" (comme le
Unleashed In The East, quoi...) qui vaut son pesant de cacahuètes. Le chant de Devin se fait plus classique même si les refrains sont toujours hurlés. Mais on retrouve ici une qualité plus musicale qui transpirera dès le prochain opus.
En 1995,
Strapping Young Lad n'est pas encore un vrai groupe et la démarche jusqu'au-boutiste de Devin Townsend laisse pantois. Une indifférence polie mâtinée d'incompréhension accueillera cet album à sa sortie, un accueil tiède dans le meilleur des cas. Personne ne voulait parier sur le futur de ce projet, mais c'était sans compter sur Townsend qui a plus d'une corde à sa guitare. Quoiqu'il en soit, ce premier méfait n'est pas inoubliable et n'est pas un passage obligé pour les amateurs de
Strapping Young Lad.