En 1998, le rap s'affiche partout, bien installé dans le paysage musical.Et mi amusés mi intrigués par la flopée de groupes donnant dans le neo avec plus ou moins de bonheur,
Korn appela son troisième album "
Follow The Leader", allusion à peine voilée à leur statut de groupe précurseur du genre. Quel rapport entre les deux? Eh bien voyons s'il y a lieu de suivre le guide ou pas en écoutant cet album.
Tout d'abord, les douze premières pistes sont du silence sur cinq secondes chacune. C'est tout à fait normal. L'un des fans de
Korn, atteint du cancert, souhaitait les voir sur scène et put le faire, mais mourut peu après. Il est aussi question de lui dans la chanson Justin...Jolie attention ? Nunuche ? A vrai dire on s'en fout un peu: cette hommage, qui peut paraître un peu facile, est plus une anecdote entourant l'album qu'un point noir ou qu'un bon moment de ce skeud. Mais par contre, Justin, sur le plan musical, est assez représentatif de
Follow The Leader.
En effet, on sent bien le côté catchy de la production des cinq gars de Bakersfield. Les guitares sont complémentaires, entre gros riff et mélodies bruitistes. D'ailleurs, du gros riff on en a tout le temps, autant qu'on veut ! Les détracteurs de
Korn peuvent dire ce qu'ils veulent, mais Got The Life dépote bien dans ce registre avec cette rythmique puissante. Head et Munky joue au ping pong assez intelligemment, et surtout différemment de ce qu'on entendait dans
Korn ou
Life Is Peachy. Et que ce soit dans une impression d'accélération groovy ou dans une compo plus lourde et éléphantesque (par contre en grande partie grâce à Fieldy et son Ibanez qu'on discerne parfaitement dans le mix). C'est assez direct et plaisant, et
Korn affirme donc bien sa puissance dans le neo, par rapport à d'autres groupes, comme Limp Bizkit par exemple.
Cependant cet album a aussi son lot de faiblesse. Et il s'agit surtout de rap qui n'est pas à sa place, d'abord sur Children Of
Korn.Cette chanson, en duo avec Ice Cube rate son objectif, la performance de Davis est clairement insuffisante, et la présence d'un invité pareil laisse songeur: pourquoi? Comment ? A quoi ça sert, sinon pour dire "on est dans le vent on fait un duo avec un rappeur" ? Cameltosis est assez désespérante aussi, caricaturale et molle. Ce qui fait tache dans un album où les moments de gloire sont dans la puissance. Heureusement qu'avec In The Family on rigole plus, et Fred Durst nous livre la meilleur prestation de sa carrière (!), avec des paroles déjantées et un bon flow.
Direct et accrocheur donc. Mais on trouve aussi un avant goût du magnifique Issues, avec un côté oppressant présent sur certaines chansons. My Gift To You, le dernier titre, sombre, se place directement dans cette optique là.
Follow the Leader est assez mitigé. On trouve de quoi headbanguer tranquillement, et la paire de guitariste Head/Munky est en pleine forme. Cependant le côté hip hop plombe carrément l'album lorsque la sauce ne prend pas. La bonne nouvelle, c'est que le petit aperçu de la direction qui sera suivie par
Korn est délicieux. Le maître reste donc sur son trône et se prépare un futur des plus intéressant.