On avait laissé
Ozzy Osbourne avec un album bancal, au bord du précipice. Incapable de se ressaisir après la mort du jeune guitariste prodige
Randy Rhoads en 1982, Ozzy avait donné naissance à un
Bark At The Moon qui ne valait quasiment que pour son morceau-titre et pire, il se laissait complètement aller, picolant en cachette. Manque de pot pour lui, ou plutôt heureusement, sa femme Sharon veillait au grain et l'avait envoyé manu militari en cure de désintoxication. Et c'est en pleine forme qu'il revient en 1985 pour enregistrer ce Ultimate Sin.
Aaaaaaaaaaah... The Ultimate Sin et sa belle... euh... et sa pochette dans le plus pur style Ozzy Osbourne, très "Prince des Ténèbres" dans l'esprit. On quitte l'esprit des films de la Hammer pour se rapprocher de quelque chose de plus moderne, plus "evil" comme une bonne partie de la production de films gore ricains de la première moitié des années 80. Allait-on retrouver un durcissement du ton dans la musique d'Ozzy ?
En fait, pas vraiment. Certes, son heavy metal s'intègre mieux à son époque avec ses touches glam, mais justement, ce n'est pas ça qui va durcir l'ensemble. Alors va-t-on droit dans le mur, The Ultimate Sin est-il une pâle copie de Bark At The Moon ? C'est justement là que réside la bonne surprise de cet opus : il s'agit d'un album entier, varié, mais sans ballades lénifiantes. On pouvait espérer des titres plus rentre-dedans, rapides, mais comment ne pas prendre son pied face au title-track ? Comment ne pas chanter en coeur les refrains simples mais entraînants de
Secret Loser ou de
Thank God For The Bomb ? Comment rester de marbre face au petit chef d'oeuvre qu'est
Killer Of Giants, un morceau qui commence comme une douce ballade acoustique et qui gagne en puissance, prenant une envergure épique de bon aloi ?
Alors oui, autant que les chansons en elles-mêmes, on appréciera la frappe lourde et précise de
Randy Castillo derrière les fûts, le jeu ébouriffant de
Jack E. Lee à la guitare, qui distribue riffs et soli de qualités tout du long, ainsi que le chant d'Ozzy, reconnaissable entre mille, pas franchement technique, mais faisant toujours son petit effet, même s'il semble plus posé ici.
Alors oui, même si The Ultimate Sin s'aventure sur des sentiers destinés à conquérir le public américain, l'album n'est pas mauvais en soi et contient ses moments d'exceptions, ses hauts, quelques bas également. Mais on a retrouvé le Ozzy qui avait marqué le heavy de son empreinte avec
Blizzard Of Ozz et ça, ça fait plaisir. Pas aussi "ultime" que ce dernier, mais il n'en demeure pas moins une valeur sûre, aujourd'hui écarté de la plupart des set-lists du Madman... Allez comprendre pourquoi...