Heavy As A Really Heavy Thing n'avait pas marqué les foules. Trop bordélique, pas assez homogène, alternant le bon et le juste fou (ce qui n'a jamais été un gage de qualité). Peut-être un peu trop brutal pour l'époque, trop délirant aussi ? On se souviendra longtemps de cette reprise survitaminée du
Exiter de
Judas Priest qui avait placé le génial
Devin Townsend sur la liste des prétendants au trône de Metal God. Rien que ça.
Aussi, on n'attendait pas grand-chose de City. Mais qu'est-ce qu'on a pris en revanche ! Venant de nulle part, cet album est un uppercut. Vicieux, d'une violence rare, qui s'acharne sans se ménager sur l'auditeur même quand ce dernier est au sol. Faîtes l'expérience suivante : échangez subtilement le CD du dernier Tokio Hotel de votre petit frère ou de votre petite soeur avec celui-ci : si il ou elle n'a pas d'acouphènes et ne cherche pas désespérément ses tympans à quatre pattes, c'est qu'il ou elle était déjà sourd(e).
Parce que City, c'est une leçon de violence. Le
Reign In Blood d'un metal indus tordu et extrême au possible. On soupçonnait déjà Devin Townsend d'être sacrément doué. Sa prestation sur le
Sex & Religion de
Steve Vai était en tout point remarquable, ses divers side-projects pouvaient le rendre loufoque au possible (comme
Punky Brüster, un groupe de punk imaginaire qui se met à faire du death metal pour être dans le coup !), mais ici, on assiste réellement à son éclosion artistique. Il déploie son énergie à créer un univers sombre, constitué de plusieurs murs musicaux. Des rythmiques puissantes, menées par un
Gene Hoglan monstrueux, entre blast beats et déferlement tellurique, rejoignent des nuées de guitares, agressives, véloces et qui malgré tout arrivent à développer quelques mélodies qui permettent à ce disque de conserver une apparence humaine. Puis le chant de Townsend, série de hurlements entrecoupés de lignes vocales plus fluides...
Et cette alchimie dangereusement explosive tient parfaitement la route. Pourtant, on peut légitimement être surpris par l'introduction de l'album,
Velvet Kevorkian, couplé à un
All Hail The New Flesh destructeur. Le passage à tabac en règle n'est jamais loin, comme sur
Detox ou le non moins monstrueux
Oh My Fucking God. Les accalmies se font rares, et paraissent presque providentielles. Une pause au milieu d'un monde de brutes.
AAA nous offre un repos bien mérité avant l'excellent
Underneath The Waves sur lequel Townsend s'arrache les cordes vocales.
Jusque là, on est humilié, rendu minable par un groupe dont on n'attendait rien et qui se venge sournoisement. Une baffe sauvage, la morsure d'un animal enragé. Et bizarrement, les deux derniers morceaux sont lents, plus éthérés, et nous font pénétrer dans un univers plus glauque qui n'a rien de réconfortant. La violence prend un nouveau visage, plus cérébral. Il est difficile de s'en rendre compte immédiatement, mais cette fin d'album est une nouvelle claque, sournoise, angoissante, qui prend à la gorge. On n'en sort pas indemne et, masochiste, on en redemande.
Avec City, Devin signe le meilleur album de Strapping Young Lad. Haut la main. S'il réalisera encore de très bonnes choses, jamais il n'atteindra un tel paroxysme, entre une violence brute et une noirceur telle qu'elle vous happe littéralement. Tentez l'expérience et trouvez l'illumination. City est un incontournable du metal. Ni plus, ni moins.