Avant NIN, la musique industrielle était loin de connaître un franc succès. Difficile de dire que Laibach ou Throbbing Gristle attirent les foules. Mais Trent Reznor, pour notre plus grand plaisir et dans la foulée de groupes moins connus tels que
Godflesh ou
Ministry, fera se mêler un autre genre de musique, lui aussi radical et expérimental, mais avec une fanbase autrement plus nombreuse: le metal.
Et voilà comment on en vient à l'élaboration de Broken. Album étrange s'il en est un, autant le préciser tout de suite: sur les 99 pistes du disque, seul huit contiennent de la musique: les six premières, et les deux bonus tracks n°98 et 99. Rien que cette tracklist dresse un constat: il faut accepter de rentrer dans l'univers de Trent Reznor, et le non-initié sera laissé au bord de la route. Quant aux rythmes electro indus, ils sont omniprésents, notamment sur le refrain de Happiness Is Slavery. Autant dire que si l'auditeur est totalement réfractaire à cela, il passera son chemin également.
Mais passé cette épreuve, il n'y a aucune raison de bouder son plaisir. Broken est assez jouissif, il contient bien son lot de riffs de guitares simples et puissants. L'ensemble de l'album est très cohérent : Reznor arrive parfaitement à souffler le froid et le chaud entre ceux-ci et les beats froids venant de l'indus. On est loin de l'electro omniprésent du contrasté With Teeth. Non, à la place, on a des chansons puissantes et furieuses, comme Gave Up ou (You're So) Physical. Quant au chant, le sieur Reznor ne le maîtrise pas autant qu'il le fera plus tard (notamment sur les parties calmes, ce n'est pas encore Hurt), mais l'esprit, la rage est là.
Broken n'est pas aussi abrasif que Psalm 69 (de
Ministry), ni aussi froid que
Godflesh ou
Killing Joke ont su l'être. Cependant le postulat de la musique industrielle, déshumanisé, est respecté et très bien illustré dans cet album, et ce n'est pas au détriment de riffs saturés à souhaits, au contraire.