Si la Suisse c’est illustré dans bien des domaines au cours de l’histoire, on ne peut pas franchement dire que la musique en ait fait partie… Or il semble bien que, cherchant à atteindre de nouvelles sphères, les helvètes soient partis à la conquête de la scène metal dans tous ses styles. Après avoir durablement marqué le black metal par
Paysage d’Hiver et
Celtic Frost, le Folk par
Eluveitie, le doom/gothique par
Lacrimosa, nos montagnards se lancent à l’assaut du metal symphonique avec
Lunatica ! Mais s’il n’est pas évident de se faire une place parmi les multiples groupes émergés dans le sillage des
Nightwish et autres
Within Temptation, il est encore plus dur de ne pas sombrer dans la pop metal dès le premier album.
Défi que relève ici
Lunatica, sans beaucoup de brio ni coup d’éclat magistral, mais avec une qualité et une maitrise certaines. Andrea Dätwyler, au chant est l’un des premiers éléments de cette réussite. Sa technique s’éloigne résolument du classique, se rapproche de celle de Sharon Den Adel, mais au contraire de cette dernière, sa voie est pleine, aigüe mais sans faiblesse, totalement dépourvue de cette douceur aérienne qui fit la légende de
Within Temptation mais qui, pardonnez moi l’expression, donne parfois l’impression d’écouter chanter une tuberculeuse.
Rien de tout cela ici ; le chant s’élève avec assurance et force, et pourtant reste capable d’exprimer à merveille les sentiments. La nostalgie, sur
Atlantis, et le magnifique passage « in the night », où on l’entend parfois en écho ; tantôt le reproche, dans
The Landing ; tantôt cruel comme sur
Garden of Delight. Une telle capacité d’expression, conjuguée à ce genre de voix, très aigüe mais forte, est des plus prometteuse.
De bref passages de growl apparaissent également sur
Between Love and Hate, mais la technique est insuffisamment maitrisée ; le chanteur cherche à descendre trop bas et n’y parvient qu’en rendant son « chant » laborieux et saccadé. L’ouverture en direction d’un gothique à la
Tristania s’avère donc provisoirement un échec.
La réussite de l’album tient à un second élément : la qualité des passages symphoniques, réussis et bien dosés, et n’empiétant pas sur les instruments électronique au risque d’étouffer leur puissance. Le clavier reste en toile de fond, ne se démarque qu’en passages séparés. L’ensemble reste bien équilibré, alternant harmonie et puissance.
World of Ice et
Atlantis sont, de ce point de vue, les plus abouties de l’album.
Les riffs sont s’adaptent à l’ambiance des chansons : tantôt courts, puissants et rapides comme sur
Between Love and Hate, tantôt longs et mid-tempo, en particulier sur
World Under Ice.
En revanche, les soli s’avèrent quelques peu mous et peut convaincants ; ceux de Silent Scream en particulier, laborieux et à un niveau de distorsion qui ne cadre pas avec le reste.
En metal symphonique, la qualité tient principalement à deux choses : celle de la chanteuse et la capacité du compositeur à équilibrer puissance et harmonie. Deux éléments ici réunis, qui permettent d’oublier les faiblesses et les imperfections, que bien souvent l’on est tenté d’attribuer à des erreurs de jeunesse. A-t-on raison, la suite nous le dira…