Ozzy, c'est un personnage. Un caricatures du heavy metal dans ce qu'il a de plus fou, de plus déjanté. Une icône. Et une voix. Une voix qui fait merveille, peut-être même plus à l'époque du Sab' qu'en solo. Puis il y a ses frasques. En 1991, il en avait déjà un bon paquet à son actif, comme avoir pissé sur les ruines de Fort Alamo, étranglé sa femme, tiré sur ses chats au fusil de chasse, sans oublier d'autres mésaventures liés aux animaux, comme cette chauve souris dont la tête fut croquée et qui valut à Osbourne une piqûre antirabique, au cas où. A se demander s'il n'a pas inspiré le personnage de Cujo à Stephen King ! Mais voilà, Ozzy est un homme qui a abusé de trop de substances et qui, à l'âge de 43 ans, annonce sa retraite.
No More Tears, c'est le dernier album. Point barre. Et si t'es pas content, c'est pareil.
Trois ans se sont écoulés depuis
No Rest For The Wicked, émaillés de problèmes divers (on est frappadingue et on le reste chez les Osbourne) et le nouvel album arrive enfin dans les bacs. Première constatation, c'est l'une des (sinon la ?) plus belles pochettes du bonhomme. On oublie presque l'aile d'ange qui est en trop. Sa sobriété et le choix de la couleur de fond, nuancée, font merveille. Un coup d'oeil au livret permet de voir que le père Ozzy est toujours bien entouré. Si
Geezer Butler n'est plus de la partie, on retrouve
Zakk Wylde à la guitare, le regretté
Randy Castillo à la batterie et
Bob Daisley à la basse, même si
Michael Inez n'est pas loin. De nombreux espoirs sont placés en la personne de Wylde, qui avait montré de belles choses, mais sans confirmer, sur l'opus précédent. Puis, en creusant un peu, on découvre le nom de
Lemmy Kilmister crédité sur pas moins de quatre titres. Deux frappadingues réunis sur le même disque, yeah !
Mieux, ce qui aurait pu être la meilleure histoire drôle du monde, avec une chute des plus pathétiques, se révèle être un coup de pied au cul. Une gifle en pleine tronche. Un coup de pied dans les joyeuses. Une morsure de pitbull. Et là, on rigole moins, on fait moins les fiers, on ravale sa dignité pour le clamer haut et fort : non, Ozzy n'est pas (encore) un débris ! Et la levrette qu'il inflige à tous ses détracteurs laisse une nuée de trous de balles en feu.
Le line-up tue. La présence de Lemmy tue. La chronique pourrait s'arrêter là. Cet album tue. Point barre. Tu veux ajouter quoi ? Qu'il y a quelques titres plus dispensables ? Ouais, si tu veux.
Continuons donc l'exploration de ce disque. D'entrée de jeu, on est pris dans le monde déglingué d'Ozzy. Les enfants sont innocents dans cette cour de récréation, une mélodie loufoque arrive en arrière-plan, comme une boîte à musique détraquée. La guitare de Wylde est heavy, incisive, grasse et toujours mélodique. Ozzy chante et il chante bien. Il n'a plus chanté comme ça depuis des années, c'en est indécent pour tous les jeunes incapable de véhiculer des émotions. Il parle des pédophiles, de ceux qui attirent les gosses avec des bonbons. Il se glisse dans la peau de ce personnage. C'est pervers, mais ça marche. Premier titre, première claque. Les breaks sont astucieux et donnent un petit côté FM pas dégueux à l'ensemble. Le solo de Wylde est en prime rapide et gorgé de feeling. Le gamin musculeux a trouvé sa voie et le Sud profond se marie à Los Angeles.
Lemmy a donc collaboré sur quatre titres. Ceux qui s'attendent à entendre un son comparable à
Motörhead en seront pour leur frais, Kilmister a plus d'une corde à son arc.
I Don't Want To Change The World est un bon heavy des familles, qui n'est pas sans évoquer le premier album. De la référence, en somme.
Desire lorgne également vers le heavy metal classique, mais la ballade
Mama I'm Coming Home est bluffante. Une ballade d'Ozzy qui tient parfaitement la route, qui ne choque pas, qui ne se perd pas avec un chant inadapté. La meilleure d'Ozzy en solo. Facile, et encore il n'y a pas de risques à l'affirmer. Puis bien sûr,
Hellraiser, que l'on trouvera un an plus tard dans une version plus faible sur le
March Ör Die de
Motörhead, catchy et FM à souhait, facile diront certains (et ils ne se tromperont pas de beaucoup), mais parfois il faut arrêter de faire son intransigeant et se faire plaisir avec un bon morceau de hard rock commercial.
On ne peut évoquer cet album sans parler de la chanson titre également, groovy à souhait, où les soli de Zakk Wylde s'apparentent une fois de plus à ce que pourrait être le nirvana si Bouddha était amateur de bourbon. Intro à la basse, claviers planants, guitare lancinante, chant possédé, du tout bon encore. La pièce maitresse de l'album, qui s'étale sur plus de sept minutes sans jamais atteindre le stade du "c'est sympa mais ça commence à devenir chiant, là".
Malheureusement, il y a quelques titres plus faibles qui viennent plomber le disque.
Desire, déjà citée, est sympa, mais sans plus, quoi. Lemmy ou non. Elle s'insère dans le paysage sonore, on n'est pas choqué de l'entendre, mais on la zappe facilement pour passer de
Mama I'm Coming Home à
No More Tears. On peut également évoquer sans rougir la seconde ballade de l'album,
Time After Time, gentillette mais nunuche ainsi que le plus hard
A.V.H, en plein trip de zappatibilité pour arriver plus vite à
Road To Nowhere qui conclut l'album en beauté. Trois titres sur onze. Ah ouais, quand même.
Boudons pas notre plaisir,
No More Tears est le meilleur album studio du Madman depuis...
The Ultimate Sin ? Nan, faut voir plus loin encore, jusqu'à
Diary Of A Madman, voire jusqu'à
Blizzard Of Ozz, le premier, le détonateur, celui qui révéla au monde le talent de Randy Rhoads. Et
No More Tears met en avant le talent de Zakk Wylde, l'imposant comme un guitar hero parfum Jack Daniels. Rien que ça. Mais il faut que les meilleures choses aient une fin et ce
No More Tears, c'est le dernier album d'Ozzy, parole. Ce qui ne l'empêchera pas de revenir quatre ans plus tard avec Ozzmosis. Filou, va !