Guitariste émancipé d'Alcatrazz (projet formé par l'ancien
Rainbow Graham Bonnet), le jeune homme de 21 ans sort un premier album solo venu de nul part en 1984, modestement appelé Rising Force. Et ce qui aurait du être un projet solo proposant des instrumentaux liés à Alcatrazz prend rapidement une direction différente et par extension, confirmera un talent naissant, qui ne tardera pas à exploser littéralement.
Presque tout est dit. Inutile d'en savoir beaucoup plus en fait, écouter l'album et l'apprécier se suffit largement à lui-même. Il faut juste se laisser guider par la guitare de Yngwie, se laisser enivrer par elle pour rentrer directement dans cet album très court, mais indispensable.
En creusant un peu, on peut bien sûr dire que l'influence d'un
Ritchie Blackmore et par extension, celle de
Rainbow, est indéniable. Le toucher des deux hommes sont assez proches, la principale différence se trouvant au niveau de l'intérêt de la musique classique. Chez Malmsteen, cette dernière est très présente, il s'en inspire, reprend des plans pas toujours évident, les adapte à sa sauce et les reproduit à la guitare sans ce soucier des qu'en dira-t-on. Au contraire.
Et pourtant, on ne peut pas non plus parler de démonstration stérile. Pas encore. Bien sûr, le guitariste Suédois nous en met plein la vue avec un jeu très rapide, des passages à donner la jaunisse à plusieurs guitaristes confirmés, mais il pense avant tout à ses chansons, laissant parfois le feeling prendre le dessus sur la technique pure. Ainsi,
Black Star, d'entrée de jeu met tout le monde d'accord. C'est sensible, puissant, épique. Doublé par son compatriote
Jens Johansson (futur
Stratovarius), Malmsteen dépeint avec douceur un univers neoclassique. Cette dualité entre la facilité, la technique et le feeling, on la retrouve encore plus loin, comme sur l'imposant
Icarus' Dream Suite Op 4 (rien que ça...) et
Little Savage et son riff bien amené qui donne une impression de chasse où le gibier n'est pas celui que l'on croit.
On retrouve également deux titres chantés, interprétés par l'excellent
Jeff Scott Soto dont la voix chaude colle à merveille à l'univers musical de Malmsteen.
Now You Ships Are Burned se veut angoissante, dans sa lourdeur mid tempo ponctuée d'inventivité de la part de Malmsteen,
As Above, So Below se veut plus rapide, dans la lignée des compos speed de
Rainbow, avec une envolée magistrale de la part de Soto qui se déchire littéralement la gorge pour atteindre des notes vraiment haut placées.
Rising Force est un disque admirable dans sa conception. On adhère ou on n'adhère pas au discours du Suédois narcissique, mais force est d'avouer qu'ici, il est au sommet de son art et qu'il brille littéralement. Une étoile est née, mais attention à ne pas trop en faire, le monde des guitars heroes est plein de personnes qui avaient les capacités, qui avaient le talent, et qui surtout ont un nombril plus gros que le monde...