On pourrait se demander, au bout d'un moment, à quoi servait Quorthon. Certes, avec ses trois premiers albums,
Bathory s'imposait définitivement parmi les géniteurs (maudits, bien entendu) du Black. Certes,
Blood Fire Death et surtout Hammerheart ont lancé le Viking Metal pour le plus grand plaisir du compte en banque d'
Amon Amarth. Mais, dans cette veine épique, on se demandait s'il restait quelque chose de neuf, de frais, que notre fougueux blond pouvait apporter. La réponse fût plus que mitigée avec la trilogie Thrash, qui avouons le, était assez bancale. Et voilà-t-y pas que notre inusable skald nous ressert des casques à cornes, de l'hydromel et de virils choeurs pour une dernière trilogie !
Trilogie inachevée, précisons-le: une attaque cardiaque eu raison du chétif "viking". Car c'est un peu le leitmotiv chez Quorthon, que de composer une musique la plus épique et burnée possible, sans doute pour pallier une faiblesse physique dont il eu à pâtir. Mais c'est réussi, ne le nions pas. L'intro récurrente passée, le plaisir se fait sentir. Direct, emportant, comme un vent glacial qui vous prend aux tripes, comme une bourrasque sur un drakkar (histoire d'être original). Faire vibrer la corde épique, voilà ce que le père Forsberg (a.k.a. Quorthon, enfin, c'est s'qui s'dit...) veut faire, et il y arrive. Du bon vieux viking metal, comme sur Hammerheart...Mais nous y reviendrons.Voilà que le milieu de l'album s'annonce.
Et avec lui une chanson qu'il faut mentionner sinon on perdrait tout l'intérêt de l'album. Ring Of Gold est émouvante. Le thème, comme d'hab', est mythologique, mais la nostalgie présente dans cette chanson ne s'arrête pas à des histoires de dragons, de guerriers et de Nibelungen. Appréciant le punk, Quorthon restait généralement sobre, même dans ses compos les plus violentes (sauf les choeurs kitsch de la Maîtrise des Vikings Mélomanes). Sur RIng Of Gold, ils récidivent, heureusement Quorthon arrive à donner le meilleur de sa voix, ce qu'il ne fait pas toujours. Quelques mélodies du plus bel effet, et on a un bijou mélancolique, mieux que Song To Hall Up High (qui était déjà réussie). Ah tiens, une autre référence à Hammerheart...
Oui, d'un seul coup, on vient de révéler le défaut de cet album: il ressemble à ce qui fut fait dix ans avant.
Bathory pourtant pouvait se renouveler, entre Black, Viking et (mauvais, hélas) Thrash. Oui mais c'est comme ça. Pour Thomas Forsberg, voilà comment on fait un album de metal: un prélude, une montée en puissance, un peu de douceur au milieu, de l'épique encore mais moins violent sur la seconde moitié du disque, et une outro. Du légendaire, du grandiose, du triste et de la disto. ça sent le déjà vu...Un peu. On ne va pas tirer sur un drakkar-ambulance: les chansons sont bien ficelés, et l'auteur intègre. Du bon pour les fans, du moins indispensables pour ceux qui ne vont pas piller les côtes d'Angleterre et d'Irlande.